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Cryptomonnaies pour payer: très peu probable

Ce sont probablement les consommateurs, grâce à des coûts plus faibles et une sécurité accrue, qui bénéficieront de cette nouvelle technologie et pas nécessairement les entreprises. Cette technologie n’est pas un thème facile à exploiter pour les investisseurs

L’utilisation de la monnaie numérique est devenue chose courante. Les cartes de débit et de crédit, les distributeurs de billets, les points de vente avec cartes à puce et codes PIN, les technologies sans contact, ainsi que l’essor de l’e-commerce et les moyens de paiement pair à pair ont tous contribué au développement des moyens de paiement numériques. Ces derniers proposent une vraie alternative à l’argent en espèces et aux chèques.

Cependant, la monnaie numérique n’est pas une cryptomonnaie, qui présente des risques beaucoup plus élevés, comme le relève Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre. Par leurs déficiences importantes, les paiements en cryptomonnaies sont moins bien acceptés que les moyens de paiement traditionnels.

Le premier rôle, et le plus important, d’une devise est d’être largement adoptée comme moyen d’échange. A cet égard, les monnaies soutenues par les gouvernements bénéficient d’un avantage conséquent. En effet, ces derniers ont pour mission de définir les impôts à payer, qui sont les transactions les plus courantes dans la plupart des économies. Ainsi, la population réclamera toujours des devises soutenues par son gouvernement, car elle en a besoin pour payer ses impôts. Les institutions et les entreprises doivent également percevoir la TVA et la transférer à leur gouvernement.

Les cryptomonnaies comme un moyen d’échange

En règle générale, les gouvernements préfèrent lever des impôts dans la même monnaie que leurs dettes. Tout comme ils favorisent l’émission de dettes dans la devise qu’ils contrôlent. Si tel n’est pas le cas, ils doivent assumer des risques de change significatifs et peuvent rencontrer de sérieux problèmes de planification.

Toutefois, cela n’empêche pas les cryptomonnaies d’être acceptées, de manière limitée, comme moyen d’échange. Mais plus de clarté de la part des régulateurs est nécessaire. Ceci, afin d’éviter les abus et de limiter les activités criminelles.

Valeur refuge

Le second rôle d’une monnaie est de fonctionner comme valeur refuge. Les acheteurs ont besoin de savoir que ce que leur argent permet d’acheter aujourd’hui pourra également être acquis demain. C’est pour cela que les banques centrales se doivent de maintenir une monnaie aussi stable que possible. La valeur refuge d’une cryptomonnaie est moins claire et une réduction significative des fluctuations de prix serait nécessaire afin d’être considérée comme une valeur refuge sûre.

Les investisseurs devraient également prendre en considération que détenir des devises est généralement sujet à un traitement de taxation différent que de posséder des actifs. Dans la plupart des pays de l’OCDE, les gains en capital sont taxés. Suite à la brusque hausse des prix des cryptomonnaies en 2017, les autorités fiscales pourraient être tentées de considérer le bitcoin et ses pairs comme des actifs au lieu de monnaies. Ceci, afin de percevoir une nouvelle source d’impôts.

Si l’approvisionnement d’une cryptomonnaie particulière comme le bitcoin ne peut pas être modifié en un tour de main, on peut, au contraire, augmenter indéfiniment l’approvisionnement global en cryptomonnaies: il suffit de créer de nouvelles monnaies virtuelles, car elles ont peu de barrières à l’entrée. N’importe qui peut donc créer une monnaie du moment qu’il y a des acheteurs.

Technologie sous-jacente

Les questions liées à l’approvisionnement et à la demande semblent devoir durer étant donné l’extraordinaire variation des prix des cryptomonnaies. Une caractéristique qui ne concerne en rien la monnaie numérique utilisée pour les paiements traditionnels. L’acceptation plus large de cette dernière comme moyen de paiement pourrait limiter l’usage des cryptomonnaies dans l’économie réelle.

On doit plutôt estimer que la plus-value se trouve dans la technologie sous-jacente, moins affectée par certaines déficiences: la blockchain. D’ici à 2027, une génération de valeur économique globale de 300 à 400 milliards de dollars est prévue.

Toutefois, ce sont probablement les consommateurs, grâce à des coûts plus faibles et une sécurité accrue, qui bénéficieront de cette nouvelle technologie et pas nécessairement les entreprises. La technologie de la blockchain n’est pas un thème facile à exploiter pour les investisseurs, bien qu’elle regorge de promesses.

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