En 1997, chacun des 62412 employés du Credit Suisse Group (CSG) a fait gagner à son entreprise 96551 francs. En termes de bénéfice d'exploitation, c'est 40% de mieux qu'en 1996 avec... 1872 personnes de moins! Lukas Mühlemann, le Chief Executive Officer du second groupe bancaire suisse est donc apparu hier à Zurich tout sourire devant les analystes, la presse économique et les inconditionnels du réseau Internet qui retransmettait en direct sa conférence de presse annuelle. La productivité de la banque de la Parade Platz explose donc! Malgré – ou à cause – un programme de réductions de 2120 postes de travail en Suisse et de 1778 emplois à l'étranger. Mais grâce aussi à la création simultanée de 3924 emplois dans les activités bancaires du groupe, dont 3800 à l'étranger, et de 1936 postes dans l'assurance.

Ce sont désormais les activités très spécialisées et riches de valeur ajoutée, notamment dans la bancassurance, la banque privée ou d'investissementqui donnent le «la» au développement du CSG. Ce sont elles qui lui permettent, un an et demi à peine après le début de sa restructuration, de dégager un résultat net de 397 millions, après des provisions totales de 3,2 milliards, sans comparaison avec la perte de 2,08 milliards atteinte en 1996 après des provisions de 5,3 milliards.

Un exemple? Dans la banque de détail en Suisse, qui a encore perdu 278 millions de francs l'an passé malgré un redimensionnement drastique de ses activités, l'optimisation des capitaux investis passera notamment par le développement agressif de la banque directe et les effets d'un joint-venture conclu au début mars avec American Express dans les cartes de crédit.

Dans tous les domaines, les responsables du Credit Suisse Group veulent ainsi stimuler une responsabilité et une créativité propres. Souplesse d'action ou nouveaux produits doivent faire franchir à la rentabilité des actifs investis du groupe la barre fatidique des 15%. Fin 1997, cet objectif est à portée de main. Le groupe voit ce ratio passer en un an de 9,8% à 14,2% grâce au bon score de la banque d'investissement Credit Suisse First Boston, où ce ratio atteint 17,6% pour un résultat net de 1,5 milliard. Grâce aussi aux résultats de la banque privée, dont les montants gérés de 384 milliards de francs dégagent un rendement de 37 points de base pour un objectif de 40 à 50 points de base.

Mais selon Lukas Mühlemann, il y a encore du chemin à parcourir. La banque de détail suisse devrait certes arriver à l'équilibre cette année. Mais le Credit Suisse Asset Management dégage une rentabilité médiocre de 8,9 points de base pour des actifs gérés de 263 milliards de francs par rapport à un objectif de 12 à 15 points de base. De plus, les activités d'assurance de la Winterthur, dont la rentabilité atteint 10,2%, doivent être encore mieux intégrées au monde bancaire du CSG. Les synergies dans la gestion des actifs privés et institutionnels y sont ainsi à peine esquissées alors que l'importance des opérations d'assurance dans la gestion de fortune représente 41% des avoirs mondiaux investis dans l'assurance vie.

Il reste que la rentabilité future du Credit Suisse Group tient aussi à l'épée de Damoclès de ses actifs problématiques. Couverts à 82% par des provisions, ils se montent à 15,1 milliards de francs. Sur ce montant, 577 millions seulement couvrent des engagements de 6,7 milliards en Asie. Par contre, les risques du portefeuille de la banque suisse ont été provisionnés à concurrence de 13,9 milliards de francs au total. Un niveau que le responsable des finances du groupe, l'Américain Richard Thornburgh, estime très réaliste.