Winterthur Assurances, filiale du Credit Suisse, continue de se délester des activités qui ne concernent pas son métier de base. En annonçant vendredi la vente de Winterthur International - la division assurances pour grandes sociétés multinationales – au groupe de services financiers XL Capital pour un milliard de francs, la Winterthur n'a guère surpris les marchés. Le groupe poursuit son mouvement de concentration sur son métier de base: les affaires non-vie pour clients privés, petites et moyennes entreprises en Suisse, en Europe et dans d'autres marchés sélectionnés.

Cette cession est la deuxième de la Winterthur depuis que le Credit Suisse a racheté le groupe il y a quatre ans. En 1998, PartnerRe avait déjà racheté les activités de réassurance suisses et américaines du Credit Suisse pour 780 millions de dollars (1,3 milliard de francs). Le titre du Credit Suisse a fini la séance de vendredi en perdant près de 4% à 316.5 francs. Une chute, affirment les observateurs du marché, qui a davantage à voir avec les mauvais chiffres de l'économie américaine (la production industrielle aux Etats-Unis a baissé de 0,3% en janvier par rapport à décembre, ndlr) et la baisse de la Bourse suisse qu'avec la cession elle-même.

Prix raisonnable

Et pourtant, les avis sont mitigés concernant le prix de la transaction. Pour Urs Ramseyer, analyste chez Lombard Odier à Genève, le prix d'un milliard de francs semble relativement bas en comparaison avec les autres compagnies d'assurances non-vie. Il nuance néanmoins ses propos: «Je ne connais pas la profitabilité du groupe, poursuit-il. Mais pour une compagnie d'assurances très profitable, il est normal pour un acquéreur de payer une fois les primes de la société.» Et d'ajouter: «En ce qui concerne les compagnies moins profitables, l'acquéreur paie 50 à 60% des primes. Or, dans ce cas, XL Capital paie moins de 50% du volume des primes de Winterthur International.» Selon le communiqué de presse du groupe, Winterthur International a dégagé l'an dernier un volume de primes brutes de 2,3 milliards de francs suisses, contre 1,7 milliard en 1999 (à l'exclusion des affaires vie correspondant à l'activité de distribution exercée pour Winterthur Life & Pensions).

De son côté, Stefan Schuermann, analyste chez Pictet & Cie, estime que le prix est raisonnable étant donné la difficulté dans laquelle le marché des assurances non-vie s'est trouvé l'année dernière. «Nous avons assisté à un petit rebond dans le marché de la réassurance, qui a permis au Credit Suisse de vendre cette unité à un prix équitable», argumente-t-il. La situation était, selon lui, particulièrement ardue pour les réassureurs comme Winterthur International, qui devaient travailler avec de gros clients. «Il y a eu beaucoup de sinistres au cours des années précédentes et les marges sur les gros contrats se sont effilochées. D'autre part, les gros clients ont également plus de poids dans la négociation des prix que les petits clients.» Dès lors que les marges dans cette division s'affaissaient, il était logique que le Credit Suisse s'en défasse. XL, basée aux Bermudes, reprendra les 1300 collaborateurs de Winterthur International sous son aile. La division restera sous la conduite de Willi Suter, président de la direction de Winterthur International.

Que compte faire la Winterthur du produit de cette cession? «Le groupe espère se renforcer sur le marché européen, surtout dans les pays où il a déjà une belle position comme l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ou encore la Grande-Bretagne», répond Anna-Marie Kappeler, porte-parole de la Winterthur. De futures acquisitions ne sont pas à exclure, pour autant qu'elles correspondent à la stratégie du groupe. Et de rappeler que la Winterthur a acquis entre autres l'année dernière un fonds de pension en République tchèque, la compagnie d'assurances vie Nicos Life au Japon ainsi qu'une participation minoritaire dans la compagnie d'assurance vie chinoise Tai Kang Life Insurance. «Nous cherchons toujours des opportunités», affirme la porte-parole en conclusion.