«Pas de commentaire.» Credit Suisse First Boston (CSFB), l'un des grands créanciers de Enron, numéro un mondial du négoce de l'électricité et du gaz, au bord de la faillite, fait ses comptes mais ne veut pas dévoiler ses engagements. Mais selon des analystes, le groupe serait exposé au même titre que de nombreux établissements bancaires face au «naufrage du siècle». Christophe Quast, associé de Pury Pictet Turrettini & Co, à Genève, estime que les grandes banques pourront absorber le choc, notamment en raison d'un nouveau type de contrat (netting agreement), selon lequel une partie des créances est liée aux produits réels, des pipelines par exemple. Par contre, il y aura un effet négatif sur leur réputation. Aux Etats-Unis, Citigroup et JP Morgan Chase sont les plus vulnérables. Mais les établissements européens ne seront pas épargnés. Les dettes totales du géant de Houston s'élèvent à 16 milliards de dollars, que l'agence de notation Standard & Poor's vient d'abaisser au rang d'«obligations à haut risque». Enron serait liée à 800 partenaires financiers.

Au lendemain de l'annonce que Enron allait se mettre sous tutelle judiciaire, de nombreuses banques, aux Etats-Unis et en Europe, se sont mises à publier le niveau de leurs engagements, notamment pour rassurer leurs clients et investisseurs. «Citigroup et JP Morgan viennent en tête, explique Christophe Quast. Elles ont ouvert des lignes de crédit jusqu'à la dernière minute dans l'espoir de sauver la société.» Elles sont respectivement exposées à hauteur de 800 à 900 millions et de 900 millions de dollars. Dans les deux cas, près de la moitié des crédits est garantie par des pipelines ou des stocks.

En France, le Crédit Lyonnais anticipe une casse de 250 millions de dollars, mais les risques réels de perte portent sur 125 millions qui ne sont pas garantis. La Société Générale, BNP Paribas et le Crédit Agricole ont reconnu avoir des lignes de crédit, sans préciser l'ampleur de leur exposition. Les assureurs français Euler et Coface ainsi qu'Axa sont aussi concernés par un dépôt de bilan de Enron, mais de façon peu importante. En Allemagne, Deutsche Bank, Dresdner Bank et HypoVereinsbank estiment qu'elles pourraient perdre chacune 100 millions de dollars.

En Grande-Bretagne, Abbey National va inscrire une provision exceptionnelle dans ses résultats du 2e trimestre, qui se montera à plus de 100 millions de dollars. La banque a tenu à rassurer ses actionnaires: son bénéfice annuel sera supérieur à celui de 2001. Même exercice comptable aux Pays-Bas chez le groupe de bancassurance ING. L'exposition est de 195 millions de dollars, dont seulement 65 millions sont sans garantie.

Action en chute libre

En Suisse, les banques et assurances gardent le silence, mais des analystes affirment que CSFB, très impliqué dans le marché de l'énergie, est le tout premier établissement concerné. Par ailleurs, la société de participation A & A EIC Electricity Investment Company a fait savoir qu'elle ne détenait pas d'actions de Enron. La société d'investissement liée à de Pury Pictet Turrettini & Co a totalement liquidé sa position dans Enron entre juin et octobre de cette année. Toutes les ventes ont été effectuées à des prix avoisinant 20 dollars l'action: une bonne opération par rapport aux 36 cents l'action de vendredi, mais à perte comparé aux 90 dollars l'action du début de 2001.