C redit Suisse Private Banking (CSPB) et Christopher Chandiramani (43 ans) – l'analyste financier licencié en juillet 2000 pour avoir communiqué à la presse des commentaires négatifs sur SAirGroup – n'ont pas trouvé d'accord à l'amiable mercredi devant le Tribunal des prud'hommes de Zurich. Sur la base des plaidoyers présentés le 14 février dernier (lire Le Temps du 15 février), Martin Farner, le président du tribunal, a communiqué mercredi aux deux parties une proposition de règlement dans le cadre d'une séance de conciliation destinée à éviter un procès. Or, la proposition du tribunal prévoit une compensation d'un montant de 128 990 francs de la banque en faveur du plaignant, Christopher Chandiramani.

Lors des plaidoyers du 14 février, l'ancien employé avait formulé une revendication de dommages et compensation d'un montant de 485 000 francs, alors que CSPB n'était entré en matière que sur un seul point, mineur, en acceptant d'indemniser les frais de transport, soit 1466 francs. Mercredi, Eduard Stürmlin, l'avocat du plaignant, a jugé la proposition du tribunal «prudente, conservatrice et manquant de réalisme». Il a donc formulé une contre-proposition. Par rapport aux exigences du mois dernier, il a abaissé les prétentions de son client à 318 825 francs, sans renoncer à une lettre d'excuse du patron de CSPB pour motif de «licenciement abusif», ni à un certificat de travail rétablissant l'analyste dans ses droits.

Le président du tribunal a d'ailleurs lui-même noté mercredi que les changements observés entre les bons certificats intermédiaires délivrés par la banque et le certificat final étaient difficilement justifiables. Mais Christian Meister, l'avocat de CSPB, n'a réagi mercredi ni à la proposition du président du tribunal, ni à la contre-proposition du plaignant. «Je vais en référer à mon mandant et nous devrions faire part d'une décision au tribunal d'ici une dizaine de jours», a précisé l'avocat de CSPB.

Les deux parties se voulaient d'ailleurs plutôt confiantes à l'issue de la séance. CSPB affirme en effet que «s'il y a plusieurs points de divergence entre la banque et la proposition du tribunal, cette proposition montre que la plus grande part des prétentions du plaignant ne sont pas fondées, puisque le montant de compensation proposé par le tribunal (128 990 francs) est très éloigné des 485 000 francs réclamés le mois dernier par le plaignant», ainsi que le fait remarquer Beat Wagner, porte-parole de CSPB. Mais pour Eduard Stürmlin, l'avocat de Christopher Chandiramani, la proposition du tribunal confirme la thèse du licenciement abusif, puisqu'elle prévoit deux mois de salaire d'indemnités. Car si d'un point de vue formel, c'est le plaignant qui a donné sa démission, le juge a fait valoir l'argument de la pression résidant dans le fait que la lettre de démission a été rédigée par l'employeur.

Image ternie

S'en prenant par ailleurs à l'argument de CSPB, selon lequel le plaignant n'était pas autorisé à communiquer avec la presse, l'avocat de Chandiramani a rappelé nombre de circonstances où des entretiens avaient eu lieu directement avec des journalistes. S'agissant des réparations pour violation de la personnalité et tort moral, le plaignant abaisse ses prétentions de 200 000 à 100 000 francs, alors que la proposition du tribunal ne prévoit rien à ce motif.

Les plaignants se déclarent par ailleurs confiants dans les chances d'aboutir à un accord, dans la mesure où un long procès ternirait, à leur gré, l'image de la banque. D'autant que l'actualité liée à SAirGroup va dans le sens des estimations formulées par l'analyste licencié.