Assurance

CSS veut «coacher» ses assurés

Le numéro un de l’assurance maladie en Suisse a publié ses résultats jeudi. Le nombre de clients augmente pour le groupe, qui veut miser toujours plus sur le numérique et poursuivre le travail de maîtrise des coûts de la santé

La tactique a fonctionné. Alors que les primes de l’assurance maladie augmentaient de 4,5% en moyenne en automne dernier, CSS a limité sa hausse à 2,2% pour récupérer de nouveaux clients. Résultat: sur l’année 2017, le premier assureur maladie de Suisse en enregistrait 45 000 clients supplémentaires. Le groupe lucernois en compte désormais un total de 1,38 million dans l’assurance de base.

CSS, qui publiait jeudi ses résultats, s’est félicité de son bénéfice en hausse de 56,5% sur l’année 2017, à 153,6 millions de francs. «Nous avons également pu réduire nos frais administratifs du secteur de l’assurance de base à 4% et nous espérons les réduire encore en 2018», a précisé Philomena Colatrella, directrice générale de l’assureur, dans un entretien au Temps. Elle a également mis en avant le travail de contrôle des factures pour maîtriser les dépenses. «Nous en avons examiné 16 millions en 2017 pour un total de 5 milliards de francs et nous avons refusé ou corrigé l’équivalent de 654 millions de francs, ce qui est important», précise-t-elle. Ce travail devrait «se refléter dans les primes 2019» que la directrice espère maintenir les plus stables possible.

TripAdvisor des hôpitaux

En 2018, outre la gestion des coûts, la vérification stricte des factures et la recherche constante de nouveaux clients, CSS veut aussi se positionner comme un «partenaire pour tout ce qui est lié à la santé», explique sa responsable, qui effectuait l’an dernier sa première année complète depuis qu’elle est à la tête du groupe. Et devenir ainsi «un coach de santé».

Nous avons mis en place une sorte de TripAdvisor des hôpitaux permettant de comparer leurs services

Philomena Colatrella

Cet objectif passe par la poursuite de son déploiement numérique. Un exemple? «Nous avons mis en place une sorte de TripAdvisor des hôpitaux permettant de comparer leurs services», explique Philomena Colatrella. Le groupe a également mis sur pied le CSS Health Lab, en partenariat avec l’Université de Saint-Gall et l’EPFZ, pour développer de nouveaux outils numériques. Les premiers projets se sont concentrés sur des services pour les diabétiques ou les personnes souffrant d’asthme. «Ce sont des applications orientées sur la thérapie mais nous allons aussi développer des projets dans la prévention et la promotion de la santé, qui seront disponibles dans la deuxième partie de 2018», ajoute la responsable.

Protection des données

Cela viendra compléter l’application myCSS, qui a enregistré 370 000 utilisateurs. Certaines offres n’ont pas encore vraiment convaincu. MyStep, qui permet de compter ses pas grâce à un bracelet connecté, n’a été adopté que par 14 000 utilisateurs. Si ces derniers parviennent à 7500 pas chaque jour, ils peuvent profiter d’une bonification.

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Un scepticisme lié à des inquiétudes concernant la façon dont seront utilisées les données? CSS dit ne récupérer des fabricants de bracelets connectés que le décompte des pas et rien d’autre – le bracelet peut mesurer une quantité d’autres informations, comme le sommeil, le rythme cardiaque, les déplacements, etc. «La protection des données est très importante. Nous devons la garantir et montrer à nos clients qu’ils reçoivent une plus-value en nous en donnant quelques-unes», explique Philomena Colatrella. Dans un monde idéal, elle souhaiterait que les clients puissent avoir leur compte de données pour connaître leur utilisation. «Dans tous les cas, c’est aux assurés de dire s’ils sont d’accord que l’on utilise les données», assure-t-elle. Et de rappeler que le préposé à la protection veille à prévenir les dérapages et d’éventuels abus.


Certains médecins profitent de leur «situation de pouvoir»

La polémique sur les médecins millionnaires n’a pas échappé à CSS. L’assureur se penche sur la question et prévoit d’aller directement s’entretenir avec les praticiens dont les revenus apparaissent «très élevés», de même que certaines cliniques où les tarifs sont très différents de ceux des hôpitaux privés.

Peut-il arrêter de travailler avec ceux qui résisteraient? «C’est difficile, parce que nous offrons un service à un assuré qui consiste à lui rembourser des prestations selon son choix de médecin», explique Philomena Colatrella. Pour la directrice générale du groupe lucernois, «il faudrait pour cela changer les prestations». Or, dans certains cas, CSS soupçonne que des médecins imposent des tarifs exagérés «car ils profitent d’une situation de pouvoir où nous ne pouvons pas refuser un remboursement».

CSS s’attaque aux coûts de la santé d’une autre façon. Depuis plusieurs mois, l’assureur défend son projet «Financement uniforme stationnaire et ambulatoire», qui consiste à proposer de répartir de la même manière le financement des soins hospitaliers et ambulatoires (25% par les cantons et 75% par les caisses maladie). Actuellement, les assureurs couvrent 45% des soins stationnaires. «Certains responsables cantonaux de la santé sont ouverts à la discussion, mais d’autres ne veulent pas entrer en matière, ils protègent leurs hôpitaux», regrette la directrice. «Avec le fédéralisme, la santé et l’éducation sont les deux derniers domaines où les cantons ont un grand pouvoir et ils peuvent être tentés de perdre de vue des solutions nationales», ajoute Jodok Wyer, président du conseil d'administration de CSS. M. F.

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