FINANCE COMPORTEMENTALE

La culture d’entreprise peut favoriser la malhonnêteté

De nouvelles études éclaircissent les causes d’un tel comportement dans le secteur bancaire

En novembre 2014, une étude de trois économistes de l’Université de Zurich, publiée dans la célèbre revue Nature, avait fait débat. L’étude démontrait que la culture d’entreprise dans le secteur bancaire favorisait la malhonnêteté. L’Association suisse des employés de banque (ASEB) s’était dite consternée par ces conclusions, jugeant nécessaire d’affirmer à travers un communiqué que «l’écrasante majorité des employés de banque [étaient] honnêtes».

Normes sociales

Pour les auteurs de cette étude, ce sont cependant les normes sociales qui sont davantage en cause. L’appartenance à un groupe implique une identification avec certaines pratiques et l’adoption de normes sociales qui régissent cette communauté. Si un groupe, dans son ensemble, favorise un comportement inapproprié, en adoptant ces normes, ses membres auront tendance à en faire autant.

Dans le secteur bancaire, l’étude montrait que quand les employés adoptent les normes associées à leur identité professionnelle, ils ont tendance à tricher plus souvent que la moyenne. Cependant, quand leur identité personnelle est mise en évidence, ils se comportent de manière honnête.

La répétition de la malhonnêteté

La même expérience a été testée dans d’autres industries, mais aucun comportement inadéquat n’a été constaté. Les auteurs arrivaient donc à la conclusion que l’identification avec la culture d’entreprise du secteur bancaire encourage des comportements malhonnêtes.

Aujourd’hui, alors que les scandales financiers continuent de faire la une, plusieurs nouvelles études sont venues éclaircir les possibles causes qui conduisent et perpétuent ces comportements malhonnêtes. Des chercheurs à l’University College London et à la Duke University démontrent notamment qu’en situation de tricherie, des centres émotionnels dans le cerveau réagissent à l’injustice de l’acte, en déclenchant des sentiments tels que la culpabilité, la déception ou la détérioration de l’estime de soi.

Le contexte de l’activité financière

Ces signaux émotionnels agissent donc comme de petites alertes permettant de nous ramener sur le droit chemin. Cependant, au fur et à mesure que nos actions malhonnêtes se répètent, le cerveau commence à s’habituer aux méfaits en abaissant sa réponse émotionnelle. Le sentiment inconfortable associé à l’acte de tricher diminue ainsi avec le temps et notre cerveau s’adapte à la malhonnêteté. Un environnement qui encourage les petites transgressions ne fait alors qu’effacer lentement la frontière entre justice et injustice.

Dans le secteur bancaire, plusieurs facteurs sont souvent mentionnés comme responsables de la promotion d’un comportement malhonnête. Par exemple, la pression subie par les employés pour répondre constamment à des objectifs de court terme, plutôt qu’à un modèle de négoce durable, se traduit par le besoin d’atteindre le but à tout prix, quitte à transgresser certaines normes.

Conflit de réglementations

Des réglementations nationales et internationales souvent en conflit, ainsi que l’utilisation accrue de règles strictes de confidentialité réduisent, par ailleurs, la transparence. En outre, le développement toujours plus rapide d’instruments financiers complexes motive des pratiques injustes envers les consommateurs qui n’en sont pas familiarisés. Le système de primes bien ancré dans le secteur encourage également les comportements risqués, mais aussi l’avidité.

Ces facteurs ne sont pas propres aux employés, mais font bien partie de la culture d’entreprise des banques. Ils jouent donc un rôle fondamental à l’heure de dicter les normes à suivre.

Déontologie et éthique

Différentes solutions ont été proposées pour encourager un comportement plus honnête dans le secteur. Certains chercheurs proposent un code de déontologie plus strict pour les employés, ainsi qu’une formation en éthique pour réduire l’impact des actions malhonnêtes dans la société, ou encore la suppression des primes.

D’autres propositions suggèrent des changements plus profonds tels qu’une régulation accrue du secteur et des normes de transparence plus sévères, des sanctions plus efficaces contre la fraude ainsi qu’une protection renforcée du client. Ces recommandations ne font évidemment pas l’unanimité. Les principaux intéressés se contenteront probablement des quelques avancées réalisées ces dernières années. Il reste toutefois matière à amélioration.


* Cette chronique mensuelle traite de l’actualité sous l’angle de la finance comportementale.

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