Le Temps: Contrairement à d'autres investisseurs institutionnels, vous votez lors des assemblées générales d'entreprises, et parfois contre leur direction. Pourquoi et sur quelle base vous décidez-vous?

Eric Breval: Nous votons parce que nous estimons devoir œuvrer au nom de nos 7,5 millions de clients, c'est-à-dire ceux qui vivent et travaillent en Suisse. Deux personnes s'occupent à l'interne de préparer nos votes.

Un expert externe nous fournit aussi son point de vue. La décision est prise sur la base de leur travail par un comité formé de membres du conseil d'administration. Ils agissent selon des principes, notamment de gouvernance, que l'on peut consulter sur notre site internet (http://www.fondsavs.ch).

- Votre politique s'oppose au cumul de mandats de directeur général (CEO) et de président. Ce mardi, à l'assemblée de Novartis, vous ferez donc entendre votre voix aux côtés de la fondation Ethos contre ce cumul par Daniel Vasella?

- Nous n'avons rien contre la fondation Ethos, mais nous préférons agir différemment. Notre président, Ulrich Grete [ndlr: ancien directeur général de UBS], a écrit à Daniel Vasella concernant ce point. Nous pensons qu'agir discrètement s'avère plus efficace; c'est pourquoi nous ne publions pas nos votes de manière détaillée.

Nous avons aussi agi de cette manière l'an dernier, chez Nestlé, contre le cumul des fonctions de Peter Brabeck.

- Etes-vous favorable à un vote des actionnaires sur la rémunération du directeur général?

- Non, l'assemblée n'a pas à fixer elle-même les montants. Mais, personnellement, je soutiens la méthode anglaise d'un vote consultatif. Je ne suis pas choqué par les gros salaires, s'ils sont mérités.

Mais il y a un problème lorsqu'une même personne occupe les postes de CEO, de président et siège parfois encore au comité de rémunération.

- Approuvez-vous les parachutes dorés?

- Je les trouve malsains. En particulier lorsqu'ils apportent des années de salaire à un patron dont la société se fait racheter. Cela n'est pas justifié. Si sa boîte avait été très bonne, elle n'aurait sans doute pas été reprise par une autre; pourquoi, dans ces conditions, le récompenser?