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Chargeur universel: malgré les apparences, Apple a gagné

L’Union européenne a franchi mardi une étape décisive pour imposer le connecteur USB-C. Au final, Apple aura réussi à résister… quinze ans à cette nouvelle contrainte

Plusieurs câbles, dont l'USB-C.
Plusieurs câbles, dont l'USB-C.

Treize ans pour une décision définitive. Et même quinze pour une entrée en force dans la pratique. Voilà tout le temps qu’il aura fallu à l’Union européenne (UE) pour parvenir à ses fins concernant le dossier du chargeur universel. Annoncée dès 2009, cette volonté a franchi une étape importante ce mardi avec le feu vert donné par les 27 pays de l’UE, dont les négociations avec les eurodéputés ont abouti. Désormais, tous les regards se tournent vers Apple, qui refuse depuis plus d’une décennie de se plier à cette volonté. Mais a priori, la multinationale gardera la face. Non seulement elle semble avoir déjà prévu d’adopter un chargeur standard dès… 2023, mais en plus, la charge sans fil pourrait rapidement se généraliser.

L’enjeu, ce sont tous les chargeurs de nos smartphones, tablettes, consoles de jeux ou encore appareils photos. L’UE veut contraindre tous les fabricants de matériel vendant des produits sur son territoire à ne proposer, dès 2024, que le connecteur USB de type C. C’est un connecteur qui possède plusieurs avantages: il peut se ficher dans un appareil des deux côtés (contrairement à l’USB-A), il offre des débits importants pour la charge et le transfert des données et de nombreux fabricants l’utilisent déjà.

Aussi en Suisse

Et la motivation de l’UE, c’est bien sûr de réduire la masse de chargeurs vendus en trop chaque année. Elle estime à environ 11 000 tonnes la masse de chargeurs jetés et inutilisés chaque année. Et selon l’UE, ses nouvelles obligations entraîneront une plus grande réutilisation de ces derniers et aideront les consommateurs à économiser jusqu’à 250 millions d’euros par an sur les achats inutiles de chargeurs. A noter que la nouvelle loi, qui ne devra franchir que quelques étapes sans écueil à Strasbourg ces prochains mois, s’appliquera certainement aussi en Suisse. On voit mal les fabricants y vendre des appareils différents de ceux commercialisés dans les marchés limitrophes.

Si cette directive a mis autant de temps à être adoptée au niveau européen, c’est à cause d’un travail massif de lobbying d’Apple. La multinationale californienne a toujours refusé toute régulation dans le domaine des chargeurs, préférant passer, sans contrainte, du connecteur à 30 broches au connecteur Lightning, introduit dès 2012. Ce sont des composants propriétaires, aucun autre constructeur ne les propose sur ses appareils.

Des impératifs économiques

Pour défendre sa singularité, Apple a toujours affirmé qu’une régulation risquait d’«étouffer l’innovation», sans être plus précis. «Nous restons préoccupés par le fait qu’une réglementation stricte rendant obligatoire un seul type de connecteur étouffe l’innovation au lieu de l’encourager, ce qui, à son tour, nuira aux consommateurs en Europe et dans le monde entier», affirmait le groupe en septembre dernier.

La multinationale a aussi estimé qu’imposer un nouveau chargeur était absurde, un milliard de ses appareils (essentiellement des iPhone) fonctionnant déjà avec ses propres connecteurs. Mais le refus net d’Apple était aussi sans doute motivé par les centaines de millions de dollars gagnés via la vente directe de câbles de recharge, ou indirecte via des contrats de licence.

Apple évolue

Mais par petites touches, la firme dirigée par Tim Cook a fait évoluer sa stratégie ces dernières années. Dès l’automne 2021, Apple a cessé d’inclure dans la boîte des iPhone 12 – et a poursuivi cette stratégie depuis – des chargeurs, se contentant de livrer avec le téléphone un câble de recharge Lightning. Apple avait pris cette décision officiellement pour économiser 861 000 tonnes de cuivre, de zinc et d’étain par an. Officieusement, Apple a aussi réalisé des économies financières en ne livrant plus de chargeur avec ses téléphones – et sans changer le prix de ces derniers…

En parallèle, Apple a aussi introduit la recharge sans fil pour ses téléphones, rendant le besoin moins important d’utiliser des chargeurs. Et surtout, le groupe californien aurait déjà décidé d’abandonner son port Lightning… pour le port USB-C désiré par l’Union européenne. Depuis plusieurs semaines, les rumeurs bruissent autour de cette décision d’Apple, qui pourrait être annoncée dès 2023, soit une année avant la date butoir fixée par l’UE. C’est ce qu’affirmait en mai l’analyste Ming-Chi Kuo, historiquement très bien informé, comme le rapportait l’agence Bloomberg. Ce ne serait d’ailleurs de loin pas une surprise: Apple emploie déjà le connecteur USB-C pour une grande partie de ses ordinateurs Mac, mais aussi pour plusieurs modèles de ses tablettes iPad. Il est aussi possible que les prochains iPhone ne soient dotés d’aucun connecteur, tant la recharge que le transfert des données s’effectuant sans fil – il faudra tout de même avoir une station de base.

Aussi les ordinateurs

Apple aura donc sans doute gagné du temps, beaucoup de temps – plus de dix ans –, avant de couper l’herbe sous le pied de l’UE. A noter que les ordinateurs portables seront soumis à la même exigence d’un chargeur unique «dans les quarante mois suivant l’entrée en vigueur du texte», soit d’ici à 2026.

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