Automobile

Le Cybertruck, symbole de la résilience de Tesla

Le fabricant américain de véhicules électriques haut de gamme a dévoilé dans la nuit de jeudi à vendredi un pick-up. Tesla affiche son optimisme alors que les ventes progressent, que la rentabilité se rapproche et que son usine chinoise est en phase de pré-production

Bien sûr, il y a le gag des vitres brisées sur scène. Censées résister au jet de billes en acier, les deux fenêtres de gauche manquent d’éclater, sous les jurons d’Elon Musk. Mais il y a surtout, avec la présentation dans la nuit de jeudi à vendredi du premier pick-up de Tesla, un signe de résilience de la part du constructeur automobile californien. Donné pour quasi mort il y a 2 ans, le spécialiste des véhicules électriques traverse une période faste. Si rien ne garantit sa viabilité à long terme, les signes positifs se multiplient.

Revenons d’abord au Cybertruck, dévoilé à Los Angeles par Elon Musk. Le directeur de Tesla a multiplié les paroles dithyrambiques à propos d’un véhicule au look hors du commun. Inspiré par le film Blade Runner, de Ridley Scott, le pick-up électrique – comparé à un véhicule lunaire ou à un assemblage de polygones – a suscité tant l’admiration que le rejet de la part des internautes.

Ligne complétée

La machine, en partie composée d’acier inoxydable présenté comme ultrarésistant, sera dotée de six places. Elle aura une charge utile de 1,5 tonne et pourra tracter 7 tonnes. Trois versions seront proposées, de 39 900 dollars (l’équivalent de 39 700 francs) à 69 900 dollars, pour une autonomie variant entre 400 et 800 kilomètres. Aucune date de commercialisation n’a été évoquée – plusieurs analystes tablent sur 2021.

Avec le Cybertruck, Tesla complète sa ligne de véhicules: il y a eu la limousine haut de gamme S, le SUV X, puis la voiture plus abordable (Model 3), il y aura le Roadster en 2020, ainsi que le Model Y, un SUV compact. En entrant sur le marché des pick-up, le fabricant californien vise un segment en pleine croissance aux Etats-Unis. Ils représentaient 13% des véhicules vendus en 2012 et cette part a augmenté à 17,5% cette année.

Lire aussi: L’action Tesla s’envole à Wall Street

Véhicule profitable

Et surtout, estime Morgan Stanley, les pick-up constituent 80% des profits de l’industrie automobile américaine. «Le pick-up pourrait être le véhicule électrique à plus forte croissance aux Etats-Unis dans les trois à cinq ans», note un analyste de la banque. Et ce, même si ce type de véhicule est avant tout un marqueur social: selon le site spécialisé The Drive, 70% de ses utilisateurs roulent hors des routes une fois par année, voire pas du tout et 75% ne remorquent quelque chose qu’une fois par année, voire pas du tout…

Un marché alléchant pour Tesla, donc, pour lequel plusieurs indicateurs sont au vert. Au niveau financier, d’abord, avec un profit enregistré au troisième trimestre de 143 millions de dollars (autant en francs) et la perspective d’être aussi dans les chiffres noirs pour le dernier trimestre 2019. La production suit aussi une tendance positive: 120 000 véhicules en 2017, 350 000 en 2018 et entre 360 000 et 400 000 pour cette année. Pour accroître ses capacités – et échapper à la guerre commerciale sino-américaine –, Tesla achève, après dix mois de travaux, son usine de Shanghai. A terme, elle doit permettre de produire 500 000 véhicules par an. Il y a quelques jours, Elon Musk annonçait la création d’une troisième usine à Berlin, sans donner de date.

L’Apple de l’électrique?

Restera à tenir le choc face à la multiplication des modèles électriques proposés par des concurrents: le site spécialisé Quartz en dénombrait récemment 40, avec des dizaines d’autres à venir en 2020. Tesla revendique encore 67% du marché électrique aux Etats-Unis, mais au niveau mondial, Nissan a vendu davantage de modèles Leaf que le fabricant américain. Tesla pourrait devenir l’Apple du marché électrique, en se concentrant sur le marché haut de gamme le plus lucratif, selon des analystes. Mais la partie n’est pas encore gagnée.

Publicité