Banques centrales

«Les cycles économiques européens et américains sont désynchronisés»

Selon Christophe Donay de Pictet Wealth Management, la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne prônent des stratégies inverses, mais les objectifs sont les mêmes. En Suisse, la Banque nationale suisse est préoccupée davantage par le franc fort

La Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine viennent de tracer leur politique monétaire pour 2017. Pour l’une, son programme d’assouplissement monétaire par le biais de rachats d’obligations publiques qui se poursuivra jusqu’en fin 2017. Pour l’autre, le resserrement du crédit qui a bel et bien démarré. Puis, en Suisse, la Banque nationale suisse (BNS) a laissé les taux inchangés, donnant l’impression qu’en fin de compte l’économie s’est habituée à un franc fort. Christophe Donay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management analyse les points saillants de différentes politiques monétaires.

Le Temps: Quelle leçon tirez-vous de récentes décisions en matière de politiques monétaires?

Christophe Donay: Les cycles économiques sont désynchronisés. Les politiques monétaires sont hétérogènes et ne communiquent pas entre elles. Ce n’est pas illogique. Au niveau du cycle économique, il y a un décalage de quatre ans entre l’économie américaine et l’économie européenne. Mais les deux regardent dans la même direction qui est aussi la bonne. Les deux tendent vers la croissance. Les politiques adoptées ces dernières années commencent à porter des fruits.

– Donc selon vous, la Fed va poursuivre le resserrement monétaire…

– Nous sommes plus prudents que le Comité de la politique monétaire de la Fed, qui laisse entrevoir trois hausses en 2017. Nous nous attendons à deux. Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale, est partisane d’une politique monétaire au service de la croissance. Il n’y a donc pas d’empressement à resserrer le robinet du crédit.

– Janet Yellen et Donald Trump, le président américain élu, regardent-ils dans la même direction?

– Il n’est pas facile de répondre à ce stade. Il faut voir si le candidat Trump qui, lors de la campagne électorale, a prôné des restrictions à l’immigration et le protectionnisme, ressemble au président Trump. Si c’était le même, il y aurait de quoi s’inquiéter. Mais il semble que le président élu commence à prendre des distances avec le candidat et montre sa volonté de créer de la croissance. En matière économique, nous avons donc un biais positif à son égard. Mais il fait attendre son programme économique pour juger et aussi pour voir si les mesures qu’ils préconisent passeront la rampe du Congrès. Il faut aussi voir comment le président voit le rôle de la Fed qu’il a tant critiqué pendant la campagne électorale.

– En Europe, la BCE mène une politique inverse…

– Elle a annoncé l’extension dans la durée de son programme d’assouplissement monétaire, mais son objectif est le même que la Fed. Par sa politique des taux d’intérêt très bas, elle veut donner un coup de pouce à la croissance. Les résultats sont là. Depuis quelques années, les investissements augmentent à un rythme de 2% par an. La hausse sera de 3% l’an prochain.

– Mario Draghi, le président de la BCE, a pourtant parlé des risques liés aux incertitudes multiples

– Oui, la croissance européenne est faible et n’est pas de haute qualité d’où le besoin d’une politique stimulante et accommodante. Par ailleurs, nous savons que le programme d’assouplissement monétaire ne peut pas durer éternellement. Il faudra donc se préparer au changement. Aux Etats-Unis, ce changement se fait graduellement et sans dommage. Il y a aussi la possibilité d’accompagner la politique monétaire par une politique fiscale qui aide la croissance. Malgré sa faiblesse, la croissance est revenue dans la zone euro. Elle n’est toutefois pas homogène. L’Allemagne, la France ou encore l’Espagne sont plutôt bien partis, mais ce n’est pas le cas pour l’Italie.

– En Suisse, la BNS semble se résigner à avoir un franc fort…

– L’appréciation du franc est un phénomène qui dure depuis 4o ans. Ce qui a changé récemment, c’est la vitesse brutale de son appréciation ces dernières années. A cause du risque de récession, notamment en Chine ou encore la crise de subprime, le franc est devenu une monnaie refuge. Son appréciation ne corrobore pas avec les fondamentaux économiques de la Suisse. C’est dans ce contexte que la BNS a fixé un taux de change plafond avec l’euro à 1,20 franc. Ce plafond n’a pas tenu et elle a dû faire marche arrière. Elle a certes laissé flotter le franc, mais avec une idée non dite de parité autour de 1,08 franc pour un euro. Une forte appréciation résulte inévitablement à une perte de compétitivité.

– Enfin, qu’en est-il de la stabilité des prix qui est tout de même l’un des objectifs centraux des banques centrales?

– Aux Etats-Unis comme en Europe, le taux de l’inflation tend à se rapprocher de l’objectif de 2% par année. Il est alimenté notamment par le rebond des prix des matières premières. En Suisse, l’inflation reste à un niveau très faible.

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