Les grandes entreprises ont été les premières à proposer des placements structurés car elles recherchaient sur le marché des capitaux des financements plus avantageux que les emprunts conventionnels. C’est ainsi que sont apparues les obligations convertibles, qui se déclinent de nos jours encore en de nombreuses variantes. Sans attendre, les banques, principalement, ont alors commencé à offrir aux investisseurs des solutions alternatives à ces obligations convertibles, l’objectif étant, à l’époque comme aujourd’hui, de répondre aux souhaits et besoins individuels avec des propositions sur mesure divergeant des combinaisons classiques d’actions, d’obligations et de liquidités. Les principaux critères de sélection de ces produits sont le niveau de garantie du capital, le rendement souhaité, le traitement fiscal ainsi que la gestion de la volatilité et des corrélations. Il faut aussi tenir compte notamment des risques liés à la complexité, au crédit et aux liquidités.

Si, au début des années 90, ce sont principalement les grandes banques helvétiques qui ont donné le ton sur notre marché intérieur, on constate à présent que les établissements étrangers et les petites banques suisses spécialisées figurent parmi les principaux prestataires. Etant donné que les produits structurés permettent de couvrir toutes les catégories d’actifs, il est en théorie possible de mettre en place des structures idéales pour chaque phase d’un cycle économique. La majorité des investisseurs affiche une attitude favorable vis-à-vis de ces solutions, comme en témoignent les volumes de produits basés sur les actions, lesquels promettent des progressions de cours légères à fortes et ont toujours été les représentants dominants de cette classe d’actifs. En période de repli conjoncturel, la dynamique d’investissement moyenne tend à diminuer même si l’éventail de placements offerts reste vaste. D’ailleurs, la présence des établissements étrangers en Suisse et l’intensité de l’activité qu’ils y exercent ont toujours été fortement liées de façon procyclique à l’évolution boursière.

Depuis l’introduction des obligations convertibles sur le marché, les variantes de produits se multiplient et les volumes de placement augmentent à un rythme accéléré. Au cours des vingt dernières années, la gestion des produits structurés en Suisse est devenue l’une des plus importantes et des plus compétitives au monde, le degré de sophistication ayant même atteint un sommet en ­comparaison internationale. Selon la Banque nationale suisse, 211 milliards de francs étaient investis en produits structurés dans notre pays fin octobre 2010, ce qui représente 4,8% du total des actifs gérés en Suisse. La concurrence se fait donc rude entre les prestataires, lesquels doivent pouvoir faire face à la pression constante de l’innovation, aux cycles des marchés et au comportement correspondant des investisseurs.

Avant l’an 2000, une majorité de ces produits (à l’exception des warrants) n’étaient pas cotés en bourse. Ce n’est plus le cas maintenant. L’abandon très net des OTC (Over the Counter) au profit des produits cotés s’explique essentiellement par le fait que le marché secondaire permet un traitement des transactions bien plus rapide et avantageux pour toutes les parties concernées. Entre-temps est déjà apparue une nouvelle tendance, laquelle se fonde sur l’un des principaux avantages des produits structurés.

Il s’agit de l’application simple et rapide (en temps réel) de concepts de placement sur mesure pour des montants à partir de 20 000 francs suisses. En effet, ces concepts sont proposés aux investisseurs en «do-it-yourself» au moyen d’un outil informatique. Emetteurs et investisseurs mettent ainsi à profit les avantages de l’automatisation des processus, notamment la rapidité de mise en œuvre, la réduction des coûts directs et la gestion efficace du cycle de vie des produits. Grâce à ce principe du «do-it-yourself», les investisseurs opèrent 1/3 à 1/2 de toutes les transactions directement, sans aucune intervention de l’émetteur. Le volume moyen des opérations s’élève à 100 000 francs suisses environ pour une durée généralement inférieure à un an, ce qui contribue encore à multiplier le nombre des produits mais diminue l’intérêt d’une cotation en bourse. Comme l’élaboration de ces produits permet de déterminer d’emblée les données de remboursement, il n’est que rarement nécessaire de recourir aux liquidités ou au marché secondaire pendant leur durée. C’est le principe de l’achat et de la conservation jusqu’à l’échéance qui prévaut.

L’automatisation croissante ainsi que l’extension et l’amélioration de la gamme de produits proposés sur ces plateformes «do-it-yourself» permettent d’accroître considérablement l’efficacité tout au long des chaînes de création de valeur des parties prenantes, d’où aussi la progression exponentielle des investissements opérés par les émetteurs dans ces canaux informatiques. Ce nouveau cycle, amorcé il y a quelques années, en est encore à ses débuts, mais il va rapidement prendre de l’ampleur.

Le facteur humain ne pourra cependant jamais être totalement éliminé. En effet, en présence de demandes de variantes non standardisées ou de placements excédant un certain montant, le spécialiste en ingénierie financière, le conseiller et l’investisseur devront se concerter pour élaborer de nouvelles solutions individuelles. Par ailleurs, tous les acteurs du marché affichant un professionnalisme et un individualisme croissants, il est probable que la proportion des produits structurés continuera de progresser par rapport à l’ensemble des placements. Il est évident que les émetteurs souhaitent vendre des produits générateurs de commissions et, s’ils veulent opérer à long terme en Suisse, ils ont intérêt à maintenir mais aussi à accroître le volume des actifs sous gestion puisque ceux-ci sont les garants de revenus futurs. Les investisseurs ­continueront à gérer leur fortune et leurs placements conformément à leurs attentes en termes de risque et de rendement, sachant que les produits structurés sont les éléments les plus efficaces et les plus flexibles d’un portefeuille. Voilà une certitude qui consolidera encore les rapports gagnant-gagnant entre émetteurs, gérants de fortune et investisseurs.

*Managing Director, responsable des produits structurés, Clariden Leu Ltd.