Entreprise 

Cyril Halifi, entrepreneur récidiviste

Arrivé en Suisse en 1999, l’homme d’affaires a créé plusieurs entreprises. Après s’être intéressé aux logiciels, aux fontaines à eau, aux fruits, au verre ou au métal, Cyril Halifi, vient de lancer un site web qui propose de livrer des fromages à domicile

Cyril Halifi téléphone devant l’entrée d’un restaurant lausannois, en complet gris, cravate noire et chemise blanche. «Cet appel m’a mis en retard», s’excuse-t-il alors qu’il a cinq minutes d’avance. Il tutoie le patron de l’établissement qui semble être un ami, demande de baisser le son de la musique ambiante et commande un cappuccino.

Polyvalence

Après s’être intéressé aux logiciels, aux fontaines à eau, aux fruits, au verre ou au métal, Cyril Halifi, 38 ans, vient de lancer une nouvelle société. Cette fois, le serial entrepreneur s’est mué en fromager. L’idée a germé à la période de Noël de l’an dernier, à l’occasion d’un repas de famille où il avait prévu d’inviter une douzaine de proches à la maison. «J’ai cherché sans succès dans tout Lausanne du camembert fermier de Normandie et un Brillat Savarin pour compléter mes habituels fromages suisses», dit-il. Et chez Cyril Halifi, le manque suscite l’intérêt et lui donne l’envie d’entreprendre. Car, comme il aime le souligner, les innovations ne sont pas seulement celles dites de rupture. Il y a aussi celles dites d'«affaires».

L'envie de fromage

«En incluant la production suisse, il y a 1500 variétés de fromages en Europe mais, dans les commerces, nous n’avons accès qu’à environ 20% d’entre elles», explique-t-il. Pour combler cette lacune, il rencontre plusieurs producteurs et décide de créer le site Chiz.ch, opérationnel depuis début mai. «Pour 55 francs, les clients obtiennent, une fois par mois et à domicile, un assortiment de quatre fromages d'exception de 250 grammes chacun, livré dans un colis isotherme. A chaque nouvelle commande, un nouvel assortiment», explique celui qui peut déjà compter sur une quarantaine de clients.

L’esprit d’entreprise a germé très tôt chez Cyril Halifi. A douze ans déjà il commandait chez le boulanger des plateaux de croissants et de pains aux chocolats qu’il revendait, avec une marge, à ses camarades à la récréation. Il reversait la moitié des bénéfices à l’établissement scolaire qui a ainsi pu acheter un baby-foot et d’autres équipements aux écoliers.

Né à Paris

Né dans la banlieue Est de Paris, Cyril Halifi était considéré comme un enfant turbulent, dissipé, voire insolant. «J’énervais mes profs et voulais toujours faire rire mon auditoire mais j’étais gentil et bon copain», estime-t-il avec le sourire. Dyslexique, il parvient à passer son bac sans trop savoir comment. «Avec un 2 en français et en philosophie. J'ai compensé avec un 19 sur 20 en mathématiques.» Ses parents le laissent mener sa vie. Sa mère, Corse d’origine, gérait une brasserie parisienne alors que son père, un Pied noir né en Tunisie, possédait une société d’informatique. «Peut-être trop occupés à leurs affaires, ils m’ont laissé vivre ma vie et m’ont fait confiance», estime celui qui reste très attaché à ses parents et ses deux frères. «Catholique par ma mère et juif par mon père, j’ai baigné dans un milieu très ouvert d’esprit et je n’ai choisi aucune religion. Le communautarisme est de fait une notion qui m’est totalement inconnue.»

Ce que cherche les clients

A dix-sept ans, il arrête ses études pour vendre des logiciels de gestion. «J’ai ainsi appris à comprendre ce que recherchaient les clients», dit-il. A vingt ans, il se marie avec une étudiante suisse en psychologie. Il la suit à Lausanne, trouve un emploi de commercial chez Eden Spring et n’a depuis plus quitté le canton de Vaud, malgré son divorce quatre ans plus tard. «En Suisse, contrairement à la France, si vous souhaitez travailler et créer une société, on ne vous empêche pas de le faire. C’est aussi un pays relativement ouvert dont je suis devenu citoyen et où je n’ai jamais ressenti de jugement anti-français. Par contre, dans mon pays d’origine, je me suis souvent entendu dire, Halifi, ça vient d’où?»

La station Henniez

Après Eden Springs, il trouve un emploi chez Henniez où il est chargé de créer un nouveau produit et lance la marque Cristalp Fontaine. Quand Henniez est racheté par Nestlé Waters, il reprend la marque par management by out (MBO). «Je suis arrivé en Suisse sans diplôme, sans fortune, sans famille, sans réseau et sans parler l’allemand. A moins de trente ans, j’ai toutefois trouvé des banquiers prêts à financer cette opération qui a donné naissance à Edelvia en 2008. J’ai eu la chance de rencontrer des gens qui ont cru en moi.» Il change alors le modèle d’affaires de l’entreprise, redessine les fontaines à eau pour en faire des objets design et revend la société, quatre ans plus tard, à Eden Springs pour un montant non dévoilé.

Un nouveau concept

En 2010, il participe avec un associé au lancement d’un nouveau concept: Fruitsfrais.ch, un site internet qui propose de livrer aux entreprises mais aussi aux particuliers des cartons regorgeant de fruits. Aujourd’hui, le site livre plus de 1000 clients par semaine alors que plusieurs concurrents sont apparus. C’est à ce moment qu’il rencontre aussi Laurence Halifi et lui propose d’être directrice associée. «C’est elle qui a développé la société», dit-il. Elle deviendra aussi sa femme. Depuis, le couple travaille en binôme. «Si j’avais dû partager une boulangerie avec Laurence 24 heures sur 24, je me serai déjà enfui. Mais là, il nous arrive de ne pas nous croiser pendant une semaine», dit-il avec une pointe d’humour.

Le duo est appelé en 2012 à la rescousse de Glassconcept, une PME en difficulté active dans le verre et le métal pour la construction. En trois ans, le couple remonte l’entreprise et réorganise la gamme de produits. Depuis, Glassconcept est passée de 11 à 35 employés pour un chiffre d’affaires de plus de 7 millions de francs.

Les valeurs de l'innovation

Pour développer l’esprit d’entreprise, Cyril Halifi soutient également les ateliers extrascolaires, lancés par son épouse. Ils permettent d’insuffler les valeurs d’innovation chez les 11-18 ans. Le programme «Graine d’entrepreneurs» sera répliqué dans quatre nouveaux établissements dès la rentrée scolaire.

Et le week-end, Cyril Halifi se transforme en papa poule qui fait des gâteaux, jardine, fait le marché et joue avec ses deux filles, de 5 et 10 ans. Il entraîne aussi les seniors au club de football du FC Echichens. Pourtant, il ne se considère pas comme un hyperactif. «Je n’ai aucun problème à décompresser ou à m’affaler dans mon canapé. D’ailleurs, mon plus gros défaut, c’est la paresse qui, bien exploitée, me permet de trouver de nouvelles idées pour me faciliter la vie.»


Profil: 

1978: Naissance à Paris

1999: Il arrive en Suisse

2008: Il rachète Cristalp Fontaine qui donne naissance à Edelvia

2010: Il obtient la nationalité suisse et lance Fruitsfrais

2012: Il se marie avec Laurence Halifi. Le couple relance la PME Glassconcept

Publicité