Daewoo joue une partie serrée pour éponger ses dettes. Mercredi, les banques internationales créancières du conglomérat sud-coréen ont majoritairement accepté pour le moment de ne pas intenter une action en recouvrement pour récupérer leurs fonds. Une rencontre a eu lieu dans la journée entre le groupe et des représentants de près de 70 instituts internationaux qui ont prêté en tout près de 10 milliards de dollars. Ces derniers craignent de passer en deuxième rang dans l'ordre des remboursements. Le gouvernement a en effet pris des mesures pour que les créanciers locaux soient remboursés en priorité. L'ampleur du trou découvert dans les comptes de Daewoo, environ 57 milliards de dollars, fait craindre une réaction en chaîne auprès de ses partenaires locaux.

Les banques étrangères cherchent un compromis pour éviter une faillite de l'entreprise en étalant le remboursement de sa dette. Seul le français Natexis a dérogé au statu quo actuel puisque sa filiale de Hongkong a ouvert le 13 août une action contre la firme coréenne pour une créance de 10 millions de dollars. «Cette action va mettre un peu plus de confusion dans le règlement de la situation», estime Michel Juvet, analyste de Bordier & Cie. Les principales banques internationales (parmi lesquelles HSBC Holdings, ABN Amro Bank NV, UBS AG, Chase Manhattan Bank, Citibank, Bank of Tokyo Mitsubishi, Daichi Kangyo Bank, National Australia Bank et Arab Bank) ont préféré constituer un comité pour négocier avec Daewoo.

Le même jour, le Ministère des finances a présenté une série de mesures pour réduire le pouvoir des grands conglomérats du pays. C'est une illustration de la politique du président sud-coréen Kim Dae-jung qui avait annoncé dimanche qu'il lançait une nouvelle croisade contre les conglomérats familiaux. Les fameux chaebols concentrent entre leurs mains le pouvoir économique de la Corée du Sud. Pour Michel Juvet, «le gouvernement s'est d'abord logiquement attaqué aux grands équilibres avant de s'intéresser aux entreprises. Mais les conglomérats ont une telle taille en Corée qu'ils influent sur l'économie de tout le pays». Séoul passe pour l'une des capitales de la région qui s'est le plus vite sortie de la crise asiatique de 1997. Si le gouvernement a acquis une vraie crédibilité au niveau international, les chaebols le mettent dans une position politique difficile. Alors que le président, dès sa prise de fonction en 1997, avait indiqué qu'il souhaitait s'attaquer à l'omnipotence de ces groupes, il ne peut pas se permettre de voir un de ces grands acteurs s'effondrer.