Automobile

Daimler-Benz affiche des résultats record

Grâce au renouvellement de sa gamme, la marque Mercedes a dépassé Audi et rattrape son retard sur BMW

Et un record de plus. Daimler, la maison mère de Mercedes, a annoncé jeudi des résultats financiers historiques. Le groupe de Stuttgart a enregistré en 2015 un chiffre d’affaires de 149,9 milliards d’euros (166 milliards de francs), en hausse de 15%, et un bénéfice net (part du groupe) de 8,9 milliards (+23%). Du jamais-vu.

Au total, le constructeur germanique a écoulé 2,9 millions de voitures, vans et camions, en progression de 12% sur un an. Sa branche automobile, qui a réalisé 83,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires (+14%), a vu sa marge opérationnelle progresser de deux points, à 10%. Quel contraste avec l’année 2013! A l’époque, la marque haut de gamme affichait une rentabilité de 6,3%, un niveau qui faisait de Mercedes la risée des analystes financiers.

Aujourd’hui, ces mêmes analystes semblent blasés par les progrès réalisés. Dans une note récente, Exane BNP Paribas estime qu’«une marge de 10% ne provoque plus aujourd’hui l’enthousiasme des investisseurs. Ils se sont sans doute habitués au succès de Mercedes.» Aucun ne crachera cependant sur le dividende proposé de 3,25 euros par titre, là encore un record pour l’entreprise.

«Le groupe Daimler a connu une bonne année en 2015. Tout porte à croire que nous connaîtrons une nouvelle bonne année en 2016», s’est réjoui Dieter Zetsche, l’emblématique président du groupe allemand, qui devrait voir cette année son mandat rallongé jusqu’à 2019. «Il n’y a pas lieu de penser que ce qui a joué en faveur de Daimler en 2015 disparaîtra en 2016», juge Carlos Da Silva, du cabinet IHS Automotive.

Le constructeur n’est cependant pas au bout de ses peines. Il a encore des efforts à fournir pour récupérer sa couronne mondiale de roi du premium devant ses concurrents allemands BMW et Audi. Il s’est fixé cet objectif pour l’année 2020, avec un minimum de 2  millions d’exemplaires vendus. En 2015, il a déjà dépassé Audi, qui l’avait relégué à la troisième place depuis 2010. En revanche, il reste encore en retrait de BMW.

L’an dernier, la marque à l’étoile a écoulé 1,87  million de voitures et 4x4 de luxe. C’est 40 000 unités de moins que BMW, mais 70 000 de mieux qu’Audi. Cette performance s’explique par l’amélioration de ses ventes sur les trois marchés clés de la planète: la Chine, les Etats-Unis et l’Europe. En Russie ou en Amérique latine, Mercedes est beaucoup moins présent, donc moins touché par la faiblesse de ces marchés.

Dans l’Empire du Milieu, après des années d’errements et de bisbilles avec ses partenaires locaux, Mercedes rattrape son retard. Ses ventes ont progressé de 32,6% en 2015, à 373 500 exemplaires, quand ses concurrents faisaient au mieux du surplace. Mais Audi et BMW avaient pris beaucoup d’avance. «Mercedes a toujours été un peu retard en Chine par rapport à ses concurrents habituels, ce qui lui donne une meilleure marge de progression», pense Carlos Da Silva.

Cure de rajeunissement

Aux Etats-Unis, Mercedes est toujours distancé par BMW, mais a tout de même réalisé un nombre d’immatriculations historique, en lien avec le niveau record du marché nord-américain. En Europe, Mercedes est également plus dynamique que ses concurrents germaniques. Dans tous les pays, le groupe a affiché une croissance à deux chiffres, et en Allemagne, il reste le premier des premiums.
Ce retour sur le devant de la scène est la preuve que l’audace paie enfin. En renouvelant entièrement sa gamme depuis trois ans et en adoptant un design plus affûté et plus moderne, Mercedes a gommé son image «ringarde». Plus «glamour», une Classe A peut aujourd’hui faire rêver trentenaires et quadras. Impensable il y a encore cinq ans, quand Mercedes ne faisait rêver que les chauffeurs de taxi et les retraités débonnaires.

«Mercedes récolte les fruits du changement efficace en termes de design et de couverture des segments, assure Carlos Da Silva. La marque a contre-attaqué point par point la concurrence, en se dotant d’une vraie voiture dans le segment des compactes, la Classe A, en multipliant les SUV – Sport Utility Vehicule – de toutes tailles et formes, avec des versions «coupé». Elle a même eu un certain regain d’audace et d’enthousiasme avec des voitures emblématiques et sportives, comme le CLA ou l’AMG GT.»

Désormais, les ventes du groupe s’équilibrent, avec un demi-million de petits véhicules, un demi-million de SUV et quelque 800 000 berlines, de loin les véhicules les plus rentables, dont la Classe S, la limousine haut de gamme qui s’écoule à quelque 500 exemplaires par mois en Chine. «En 2016, la dynamique produite restera bonne, même si les concurrents directs renouvellent leur gamme, reprend Carlos Da Silva. La croissance attendue aux Etats-Unis et en Europe, ainsi que les marges de manœuvres qu’il y a encore en Chine, devraient également aider Mercedes à progresser.» Au niveau économique, Dieter Zetsche a réalisé plusieurs plans d’économies et revu son plan d’affaires. Parallèlement, Daimler s’est rapproché de partenaires, notamment de l’alliance Renault-Nissan à partir de 2009. Après avoir échangé des participations financières, Mercedes, Renault et Nissan ont mené pas moins de treize projets communs.

Nombreux partenariats

«Mercedes partage de plus en plus avec ses partenaires et améliore par là même ses résultats», relève Bertrand Rakoto, du cabinet D3 Intelligence. Mercedes a par exemple développé et produit avec Renault les nouvelles Smart et Twingo, tandis qu’il vient de lancer un site de production commun avec Nissan au Mexique. Il codéveloppe également avec le constructeur japonais un pick-up d’une tonne, qui sera produit dans l’usine argentine de Renault.

«Le groupe veut aller plus loin, indique Bertrand Rakoto. Afin de se préparer aux mutations à venir, 150 cadres du constructeur planchent depuis le début de l’année pour changer l’organisation du groupe. «Déjà, Mercedes se projette dans la mobilité de demain. Comme ses concurrents, il propose des véhicules semi-autonomes, voire autonomes. Mais il innove aussi plus que Ford, General Motors et les autres en développant Car2Go, un service d’autopartage déjà disponible dans une trentaine de villes dans le monde. L’allemand s’est également invité au capital de Flixbus, le premier transporteur de bus longue distance en Allemagne.

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