Ce qu'on avait présenté en 1998 comme la fusion exemplaire dans le secteur automobile tourne au vinaigre. DaimlerChrysler va débourser près de 4,6 milliards de francs pour mettre à exécution un plan drastique de restructuration, présenté lundi. Son patron, Jürgen Schrempp, joue non seulement sa tête, mais aussi la survie du groupe. Le cinquième constructeur automobile mondial ne va ménager ni sa division japonaise (lire ci-dessous) ni sa branche américaine pour parvenir à remonter la pente. Au total, 35 000 emplois seront supprimés, avec comme objectif un retour à la rentabilité d'ici à 2003. Le groupe va diminuer ses capacités de production en fermant six usines aux Etats-Unis et quatre dans l'Archipel.

Les marchés financiers attendaient les détails de ce plan avec impatience. Ils n'ont pas été déçus. DaimlerChrysler s'attend à une perte d'exploitation cette année, due aux coûts de restructuration de ses deux pôles déficitaires que sont l'américain Chrysler et le japonais Mitsubishi. «Sans les charges exceptionnelles de 3 milliards d'euros (4,6 milliards de francs), DaimlerChrysler mise sur un bénéfice d'exploitation situé entre 1,2 et 1,7 milliard d'euros en 2001», selon le communiqué diffusé par le groupe. Pour les trois premiers mois de cette année, le constructeur estime qu'il perdra de 3,8 à 4,3 milliards d'euros (entre 5,8 et 6,8 milliards de francs), coûts exceptionnels compris. Ces mesures de redressement devraient porter leurs fruits en 2002, selon le groupe, qui a décrit un calendrier d'objectifs à atteindre pour les trois prochaines années.

La branche américaine Chrysler devrait sortir des chiffres rouges l'an prochain. «DaimlerChrysler souffre du ralentissement de l'économie américaine, explique Alberto Inguaggiato, analyste chez Lombard Odier. Le secteur de l'automobile était en surchauffe ces dernières années. Aujourd'hui, on revient à un niveau de ventes normal.» Les Etats-Unis constituent le marché principal de Chrysler. Pour 2000, le constructeur a annoncé un plongeon supérieur à toutes les estimations du profit opérationnel de Chrysler: au lieu d'une baisse prévisible de 70%, il s'est effondré de 90% à 500 millions d'euros (760 millions de francs). Le chiffre d'affaires a pour sa part diminué de 8% à 64 milliards de dollars et le volume des ventes de Chrysler est tombé de 3,2 à 3 millions d'unités.

«Les 4x4 de Chrysler ont dû faire face à une forte concurrence aux Etats-Unis de la part des Japonais et des Européens, souligne encore Alberto Inguaggiato. Le groupe a perdu des parts de marché dans ce segment.» Le constructeur a écoulé ses stocks en vendant certains de ses modèles à des prix discount. En revanche, selon les spécialistes, le groupe n'a pas présenté de modèle aguichant, excepté son PT Cruiser, qui reprend les formes des voitures des années 30 pour doper ses ventes.

La balle dans le camp des actionnaires

Y aura-t-il encore des mouvements de concentration dans le secteur automobile? Les experts s'accordent à dire que les grandes manœuvres ont eu lieu ces dernières années (Renault/Nissan, Ford/Volvo…) et qu'il est de plus en plus difficile de faire des pronostics. «Il reste encore quelques cibles comme BMW, Peugeot ou Honda, explique Alberto Inguaggiato, mais ces sociétés tiennent à rester indépendantes.» Le cas de DaimlerChrysler, présenté à l'époque comme une fusion entre partenaires, s'est finalement avéré être un rachat de l'américain par l'allemand Daimler. Combien de temps les actionnaires – en particulier la Deutsche Bank, qui détient 12% du groupe – laisseront-ils à Jürgen Schrempp pour sortir le groupe du gouffre? Certains assurent qu'il a jusqu'au milieu de l'année pour prouver que son plan est efficace. A moins que les actionnaires n'en décident autrement, comme cela s'est vu pour d'autres patrons de grands groupes.