Technologie

Dalith Steiger: «Nous pourrons travailler six heures par jour seulement»

La cofondatrice et directrice de SwissCognitive voit la Suisse jouer un rôle particulier dans le développement de l’intelligence artificielle

Drones, cryptomonnaies ou intelligence artificielle, quelles sont les futurs possibles des technologies? Nous y consacrons une série d’articles.

Lire aussi

L’intelligence artificielle sera toujours plus présente dans nos vies et, à bien des égards, de façon positive, estime Dalith Steiger, cofondatrice et directrice de SwissCognitive. Cette start-up, qui se présente comme un centre global pour répondre à toutes les questions sur l’intelligence artificielle, est basée à Zurich et a été lancée en 2016. Elle rassemble l’industrie, les entreprises et les experts de la technologie.

Le Temps: Comment l’intelligence artificielle pourra-t-elle nous aider dans le futur?

Dalith Steiger: Elle nous aidera en particulier dans le domaine de la santé. C’est peut-être le plus important développement en cours. Prenez le cancer: l’utilisation de l’intelligence artificielle permet de comparer des images et de les évaluer par milliers, conduisant à de meilleurs traitements que si un médecin regarde une seule image. L’humain ne pourra jamais atteindre la puissance d’un ordinateur dans cet exemple, mais il peut s’y appuyer et pourra le faire pour une quantité d’autres maladies.

Autre exemple où l’intelligence artificielle nous sera d’une grande aide: la maintenance dans l’industrie lourde, minière, dans la construction et partout où l’être humain risque de se mettre en danger dans son travail. Plusieurs solutions existent ou se développent comme la maintenance prédictive, l’utilisation de capteurs ou le fait de pouvoir envoyer un hologramme à la place d’une personne pour faire des vérifications, par exemple.

L’éducation représente également un domaine où les possibilités sont nombreuses, même s’il faudra faire attention à ce qu’elle ne devienne pas le domaine exclusif de robots. En réalité, il ne s’agit pas d’avoir un enseignant ou un robot, mais plutôt de comment les utiliser les deux au mieux, sachant que l’un a les compétences et l’autre la puissance informatique.

Quel pourrait être le rôle de la Suisse dans le développement de l’intelligence artificielle?

Le niveau d’éducation en Suisse nous place en bonne position dans le développement de ces nouvelles technologies intelligentes. Un exemple? Au lieu de délocaliser des call centers hors du pays, pourquoi ne pas en créer avec des bots? Ces jobs de téléphonistes sont de toute façon perdus, donc pourquoi ne pas essayer cette piste? Cela pourrait créer de nouveaux emplois pour les personnes qui développeraient et maintiendraient ce genre de systèmes. D’autres pays pourraient ainsi délocaliser leurs centres d’appels chez nous, notamment aussi parce que nous avons beaucoup à offrir en termes de sécurité des données.

Dans une perspective de recherche et de création de start-up amenant des nouvelles technologies, la Suisse fait du bon travail. Même si elle doit encore trouver comment aider les start-up à devenir rentables sans quitter le territoire. Mais cela ne suffira pas pour être concurrentiels, surtout face à des pays comme les Etats-Unis ou la Chine. Il faut aussi encourager les entreprises à utiliser des technologies cognitives. La Suisse a les meilleurs prérequis pour construire un «Global AI Hub».

Est-ce que les robots occuperont toutes les places de travail?

Les robots qui prendront le contrôle du monde et les humains qui deviendront inutiles? Personnellement, je ne crois pas que l’être humain deviendra totalement redondant. Oui, des personnes perdront leur travail, comme dans chaque révolution industrielle, certaines tâches ou services seront mieux réalisés par des robots. Est-ce qu’il faudrait laisser tomber nos smartphones pour redonner du travail aux opérateurs de téléphonie? Ou abandonner nos machines à laver la lessive? Au contraire, nous aurons toujours plus de temps à disposition. Il sera probablement possible de travailler seulement 6 heures par jour.

Cela nécessite aussi une préparation. Est-ce qu’il faut continuer à former des chauffeurs de train, sachant que les locomotives pourront être autopilotées? Non, mais cela ne veut pas dire qu’il faut les licencier, il faut plutôt orienter les jeunes vers d’autres professions.

Est-ce que nous utiliserons plus d’assistants personnels?

Oui. Pouvez-vous imaginer une journée de travail sans Outlook? Plus les assistants que nous utilisons seront techniques, moins nous serons capables de faire les choses par nous-même. Un exemple? L’assistance à la conduite automobile. Nous dépendons d’une aide technique et bénéfique, à laquelle nous nous habituons toujours plus. Il faudra être attentif à ne pas perdre notre capacité à faire les choses par nous-même, en particulier pour les plus jeunes générations. Mais tout cela arrivera de toute façon: dès que quelque chose devient plus facile, l’être humain s’y habitue.

Est-ce que les questions éthiques deviendront plus centrales à l’avenir?

C’est plus qu’un enjeu, c’est un besoin. Nous devons nous occuper des questions éthiques liées à l’intelligence artificielle. Prenez l’assurance et la santé, il faut discuter des avantages et désavantages de l’utilisation des données des personnes. Autre question: comment améliorer la sécurité des enfants sur le darknet? On n’en parle pas suffisamment. Ou encore: comment s’assurer que les algorithmes, qui deviennent de plus en plus importants et nombreux ne soient pas biaisés, sachant qu’ils sont essentiellement construits et développés par des hommes et que le monde en général est biaisé?

Publicité