De grands changements attendent aussi les produits structurés

Le Temps: Est-ce que votre établissement a bénéficié d'un afflux de capitaux pendant les turbulences?

Konrad Hummler: Oui. Visiblement, le modèle de banquier privé plaît à la clientèle parce qu'il ne s'appuie pas sur une garantie d'Etat, mais sur la responsabilité illimitée de personnes individuelles, les associés.

- La banque Wegelin est aussi spécialisée dans les produits structurés, dans un rôle d'intermédiaire. L'affaire Lehman Brothers change-t-elle votre stratégie?

- En principe non. Nous avons toujours diversifié au maximum les contreparties (émetteurs). Parmi les neuf instituts choisis se trouvait aussi Lehman Brothers. Nous avons communiqué ce risque de contrepartie auprès du client et nous l'avons aidé chaque fois qu'un émetteur était trop représenté au sein de son portefeuille. Aujourd'hui, avec la réduction des contreparties qui se poursuit, s'il ne reste que quatre banques, nous devrons nous adapter. Nous allons offrir le choix de la contrepartie à l'investisseur.

- Par exemple?

- L'investisseur pourra par exemple choisir une entreprise solide et non une banque comme contrepartie. Ainsi nous pourrions avoir un produit structuré sur l'action Novartis, un développement du produit effectué par Citigroup et un risque de contrepartie Nestlé. Avec Lehman Brothers, le risque de contrepartie s'est concrétisé. Il faut s'organiser en conséquence.

- Que pensez-vous de la proposition d'abandonner la comptabilité «à la valeur de marché»?

- C'est dangereux. Les inconvénients de comptes au prix du marché sont évidents si la valeur d'un actif baisse et oblige une banque à amortir et à augmenter son capital. Mais les autres normes comptables sont pires. Elles encouragent la création de réserves latentes. L'objectif des normes comptables est de rendre possible une comparaison des entreprises. Mieux vaut des comptes à la valeur de marché et régler la question des positions illiquides, par exemple en leur permettant une seule fois de les changer de segment.