«Cette forme d’intervention serait plus efficace que les taux négatifs»

Le Temps: Est-ce que l’introduction de contrôles des capitaux en Suisse ferait baisser le franc?

Daniel Kalt: L’introduction de contrôles des capitaux en Suisse n’est pas notre scénario principal, c’est un événement qui nous paraît encore très peu probable. Nous continuons de penser que la Grèce va rester dans la zone euro et que l’on trouvera une solution de dernière minute. Mais si une situation chaotique devait régner dans la zone euro, le franc ferait face à une forte pression haussière. La BNS devrait prendre de nouvelles mesures et introduire, par exemple, certaines formes de contrôle des capitaux.

– Quelles formes de contrôle sont imaginables?

– Elles peuvent être très diverses. Traditionnellement, le contrôle est similaire à celui que l’on observe en Grèce où un pays en crise empêche les capitaux de quitter le pays. Ce dernier ordonne la fermeture de banques ou limite les retraits en espèces. En Suisse, le problème serait inverse puisqu’il faudrait empêcher l’entrée de capitaux. La BNS pourrait rendre les taux encore plus négatifs pour réduire davantage l’attrait du franc. Et si cela ne fonctionnait pas, elle pourrait introduire une forme de contrôle de capitaux. Pour éviter que les gens contournent ces mesures et retirent des espèces ou thésaurisent des francs, la BNS pourrait limiter par exemple à 100 ou à 500 francs les retraits quotidiens. Mais les transferts électroniques resteraient possibles. Elle pourrait aussi exiger une commission de 2% sur chaque retrait en espèces. Dans les années 1970, les non-résidents devaient payer jusqu’à 10% par trimestre de commission sur le franc. C’était déjà une forme de contrôle des capitaux

– Est-ce que les gérants d’actifs tels que les caisses de pension seraient touchés?

– Ils le seraient si on limitait leur accès aux actifs en francs. Mais ce n’est pas notre scénario principal.

– Est-ce que cela ne serait pas plus efficace que les taux négatifs?

– Oui, très probablement. Mais nous ne devons pas sous-estimer l’impact négatif de telles mesures sur l’image de la place financière suisse. Celle-ci dispose d’une réputation de stabilité et de solidité, fruit d’une longue tradition libérale. Les investisseurs étrangers savent qu’ils peuvent déposer leur argent en Suisse et le retirer quand bon leur semble. C’est pourquoi un contrôle des capitaux n’est possible que de façon exceptionnelle.

– Arrive-t-on alors à un choix entre la place financière et la place industrielle?

– Oui, effectivement. De toute manière, l’image de la place financière souffrirait de tels contrôles.

– Certes, mais un but serait atteint. Le franc serait plus faible, non?

– Oui, parce que la Suisse enverrait un signal fort aux marchés financiers. Cela n’est toutefois imaginable que si l’euro tombait à 95 ou 90 centimes. Mais nous ne pensons pas qu’on y arrivera.

– Quelle serait la probabilité de ce scénario?

– Elle serait très modeste: 2%, 5% ou 10%. Ce n’est possible qu’en cas d’escalade de la situation en Grèce.

– Quels seraient les coûts d’un contrôle des capitaux pour l’économie suisse, outre celui de l’image? Pourrait-on éviter une récession?

– Cela soutiendrait la conjoncture, sans doute. Mais cela consisterait à choisir entre la place financière et l’industrie.