Cinq ans et demi jour pour jour après son entrée dans l'Organisation mondiale du commerce, la Chine reste toujours un pays où faire du commerce reste pour le moins compliqué. La preuve en est encore donnée avec les tribulations actuelles du spécialiste des produits laitiers Danone, installé en Chine depuis 1987 et aujourd'hui perçu comme l'une des plus grandes réussites industrielles internationales dans le pays.

L'affaire transparaît pour la première fois dans les médias il y a un mois. En direct sur sina.com, l'un des principaux sites internet du pays, Zong Qinghou, le directeur du groupe Wahaha, se plaint de l'attitude agressive et déloyale du français. «Danone veut acheter nos activités qui ne sont pas comprises dans notre association et nous refusons, s'emporte alors Zong Qinghou, le président de Wahaha. Nous trouvons injustes les clauses telles que celles qui nous interdisent de fabriquer des produits en dehors du joint-venture tandis qu'aucune restriction ne repose sur Danone.» Les deux groupes sont pourtant associés depuis 1996 dans une trentaine de joint-ventures, dans lesquels Danone possède 51%, le chinois 49%. Une clause de leurs contrats interdit à Wahaha de produire, distribuer et vendre des produits concurrents sous la marque Wahaha en dehors des joint-ventures.

Action en justice

De son côté, le groupe français annonce alors qu'il accorde un mois à son partenaire pour tout remettre en ordre «mais qu'il est prêt à lancer une action en justice afin de protéger les intérêts légitimes de ses actionnaires,» assure l'un de ses porte-parole à Shanghai.

Les négociations entre les deux partenaires durent en fait déjà depuis plusieurs mois. «Nous nous sommes aperçus à la fin 2006 que M. Zong produisait et commercialisait des produits Wahaha à travers d'autres sociétés, explique-t-on au siège parisien du groupe. Nous avons dès lors signé un accord avec lui courant décembre lui demandant d'intégrer ses activités à nos joint-ventures. Non seulement il ne l'a pas respecté mais il a en plus créé en janvier une société de commercialisation pour distribuer directement les produits Wahaha!»

La prudence du français montre bien la difficulté d'opérer en Chine pour un groupe étranger, surtout dans un cadre législatif global pour le moins flou. Dans un pays où le droit serait indépendant des sphères politiques et économiques, Danone gagnerait assurément son procès. En Chine, l'issue d'une telle affaire ne semble pas aussi évidente. Même s'il l'emportait, les contrecoups de sa victoire pourraient être difficiles à supporter sur le long terme: refus d'attribution de nouvelles licences, difficulté d'accepter de nouveaux développements commerciaux, redoublement des examens sur la qualité des produits, etc. Conscient de ces contraintes, Franck Riboud, son président, a récemment annoncé que l'affaire ne serait probablement pas résolue avant le mois de juillet. Et, bien que le groupe ait poursuivi hier le processus judiciaire entamé il y a un mois contre Wahaha, il assure toujours vouloir «privilégier la concertation et la discussion» avec celui qui demeure son partenaire.