Aviation

Darwin Airline, fin d’un transporteur qui battait de l’aile

Victime de turbulences depuis des années, la compagnie aérienne de Lugano qui a définitivement piqué du nez, l’a fait frauduleusement selon certains

Clouée au sol deux semaines, puis déclarée en faillite mardi, Darwin Airline restera à terre pour toujours. Fondée en 2003, la compagnie de transport tessinoise n’a pas souvent connu un ciel bleu, entre les rachats, la féroce concurrence et les restructurations. Comme en 2012, et encore en 2015, après son acquisition par l’émirati Etihad Airways, lorsqu’elle subissait un dégraissage sévère, avec la fermeture de quatre routes et le licenciement de 60 collaborateurs.

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Mais c’est 2017 qui aura été son véritable annus horribilis. Lorsque ses partenaires stratégiques Alitalia et Air Berlin ont fait faillite, Etihad a voulu vendre. Ce 20 juillet, Darwin était rachetée par la holding luxembourgeoise 4K Invest, propriétaire d’Adria Airways, le plus important transporteur slovène. Déjà, en octobre, une vingtaine de mises à pied étaient annoncées. Puis, l’effondrement s’est accéléré, jusqu’à la mort.

Sauver l’aéroport de Lugano

Amer, Lorenzo Quadri, conseiller national (Lega) et membre de l’exécutif de la commune de Lugano, actionnaire majoritaire de l’aéroport de Lugano (LASA), estime qu’avec l’annonce de la banqueroute, le destin de celui-ci est toujours plus fragilisé. Dès le départ, lorsque Darwin a été repris, on pouvait douter de son avenir, considère-t-il. «Quand un fonds d’investissement achète, c’est généralement dans une perspective spéculative. J’espère que l’économie et la politique s’engageront à sauvegarder LASA, important pour la ville et le canton.»

Président du conseil d’administration de l’aéroport de Lugano, Emilio Bianchi éprouve lui aussi «une grande amertume par rapport à la fin peu glorieuse de Darwin». Avec ses avocats, il évalue les possibilités de poursuites civiles et pénales à l’encontre du fond 4K Invest. Car lorsque la holding – aucunement spécialisée dans l’aviation – a racheté Darwin, ses responsables parlaient d’un horizon temporel de trois ans pour relancer la compagnie, affirme Emilio Bianchi.

«Promesses non tenues»

«On ne s’attendait certainement pas à une faillite quatre mois après le rachat. Les dirigeants de 4K Invest ne se sont pas bien comportés, ils n’ont pas tenu leurs promesses.» Parmi les dix avions de la flotte de Darwin, un seul est présentement au Tessin. «Je crains que leur récupération puisse s’avérer problématique. Ce sera à l’Office des faillites de voir à tout cela», fait-il valoir.

Comment la déconfiture du transporteur affectera-t-elle le futur de LASA – déjà remis en question par les Verts et les socialistes de Lugano? «Les vols vers Zurich continueront à être assurés par Swiss et la compagnie régionale SkyWork Airlines est très intéressée à reprendre la route Lugano-Genève. Le cas échéant, au niveau opératif, le retrait de Darwin ne changera pas grand-chose. En revanche, les conséquences sur les emplois sont importantes.»

«Manque total de transparence»

En effet, ce sont près de 250 employés qui sont laissés sur le carreau. Ceux en Suisse bénéficieront d’avantages sociaux; en revanche, les quelque 80 personnes basées à Rome ne recevront rien, craint Lorenzo Jelmini du syndicat chrétien OCST qui suit le dossier Darwin depuis des années et pour qui, la faillite actuelle est frauduleuse. Avant le passage entre les mains de 4K Invest, ses responsables avaient présenté un plan de relance crédible, laissant supposer des développements intéressants, rappelle-t-il.

«Lorsque Etihad a cédé Darwin à 4K Invest, elle était certes fragile, mais elle n’était pas endettée. Elle aurait eu besoin d’investissements.» Or, le fonds d'investissement, comme l’a confirmé mardi le commissaire Guido Turati – chargé d’analyser les comptes du transporteur et qui en a déclaré la faillite – n’a pas injecté un franc dans la compagnie. Dès les premières rencontres avec les nouveaux propriétaires, le syndicaliste a compris que la situation s’annonçait mal: «Il y avait un manque total de transparence.»

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