«C’est le moment de déréguler l’économie, c’est le moment de libéraliser le commerce mondial, c’est le moment de réaliser pleinement le marché unique». Le premier ministre britannique David Cameron est en campagne. Mais cette fois, ce n’était pas devant ses partisans mais sur la scène du Forum économique mondial (WEF) de Davos. Pour le leader conservateur, c’est la seule manière de redonner «confiance et optimisme à l’Europe, de la remettre sur les rails de la croissance». Debout sur l’estrade, se promenant de droite à gauche pour mieux asséner ses «valeurs libérales» (il sait qu’une majorité de l’audience lui est acquise), David Cameron savoure l’instant. Alors que tout le monde parle de régulation et à encore en mémoire les propos de Nicolas Sarkozy parlant des nouvelles normes du G20, lui décline à toutes les phrases le verbe «déréguler».

Le contraste est en tous les cas saisissant avec d’autres dirigeants européens beaucoup plus précautionneux dans l’énoncé de la thérapie à appliquer pour relancer la croissance européenne. Selon David Cameron, il est temps d’agir rapidement, quitte à «bloquer les projets de la Commission européenne». Il faut mettre «fin à la bureaucratie, ne pas imposer aux jeunes entreprises des législations générales». Pour le premier ministre britannique, l’Europe doit reprendre confiance en elle et se montrer la plus libérale du monde. Conscient qu’un tel programme ne fait pas l’unanimité en Europe, il dit être convaincu qu’un nombre significatif de pays sont prêts à le suivre. Habilement, il mentionne la Suède, le Danemark et la Hollande mais, comme pour modérer son audace diplomatique, il ajoute peu après que «sur le fond» le président Nicolas Sarkozy et Angela Merkel partagent le même constat. Pas sûr.

A l’évidence, David Cameron a envoyé un signal à ses partenaires européens: les réformes britanniques en cours sont le modèle à suivre, le seul que la Grande-Bretagne estime «aller dans la bonne direction». Car à ses yeux, les pays du Vieux continent n’ont plus le choix. Ils doivent couper franchement dans leur budget pour investir dans l’éducation, la recherche scientifique et l’innovation. La querelle sur les bourses d’étude qui met les étudiants dans la rue illustre, selon lui, la méthode: les diplômés à succès, ceux qui obtiendront après leur formation un revenu supérieur à un certain plancher, devront rembourser les prêts «car l’Etat, dans la situation actuelle, ne pas dépenser davantage». Pour Cameron, les Européens doivent se montrer plus indépendants (lisez moins assistés) et de vrais entrepreneurs. Margaret Thatcher aurait applaudi, hier, à Davos.