Le Temps: Vous avez déclaré la semaine dernière vouloir attirer à Genève les hedge funds, ces fonds alternatifs, ou spéculatifs, qui utilisent des méthodes de gestion sophistiquées. Comment, en tant que ministre des Finances genevoises, allez-vous vous y prendre?

David Hiler: Il ne s'agit tout d'abord pas d'attirer les fonds eux-mêmes, qui resteront enregistrés offshore, mais leurs gestionnaires, dont une grande part se trouve à Londres. Jusqu'à il y a peu, les conditions fiscales y étaient imbattables. C'est moins le cas maintenant depuis que le gouvernement Brown les a changées. C'est une fenêtre dont Genève peut profiter.

- Comment?

- Il y a trois voies. La 1re, ne rien faire. La 2e, provoquer un bouleversement législatif. Cela ne nous semble toutefois pas une bonne idée, car ça prend trop de temps et peut induire des inégalités de traitement. Or il faut agir vite.

- Et la 3e voie?

- Il s'agit d'une approche très pragmatique: trouver avec l'administration fédérale une façon transparente de déterminer quelle part de la valeur créée par les gestionnaires relève de l'activité en Suisse. Nous pourrons alors taxer raisonnablement le bénéfice de la société établie ici. Le droit suisse actuel le permet, sans susciter de problème avec l'Union européenne. Cela relève du domaine de la directive, et non de la loi. Nous en discutons avec l'administration fédérale.

- Qu'entendez-vous par une décision rapide?

- Il doit y avoir un élément concret ou un accord sur la manière de procéder avant la fin de cette année. Sinon, il ne se passera rien du tout. Cette fenêtre ne va sûrement par rester ouverte longtemps.

- Quelle est la probabilité de réussite?

- Une chance sur deux.

- Avez-vous estimé les retombées fiscales que ces gérants pourraient apporter au canton?

- Non, c'est totalement spéculatif! (rires). Ce qui compte, ce sont surtout les répercussions via l'imposition des personnes physiques. Ces métiers sont risqués, mais ils génèrent des rémunérations en conséquence. Il s'agit d'une situation comparable à celle des nombreuses sociétés de négoce établies à Genève. Les impôts payés par les quelque 5000 personnes qu'elles emploient sont très rémunérateurs.

- Dans quelle proportion?

- Nous ne donnons pas de chiffres.

- A quand remontent les discussions sur ce dossier des gérants de fonds alternatifs?

- Elles se sont intensifiées depuis que les banques ont présenté le Master plan pour le secteur financier de la Suisse (ndlr: l'automne passé). Ces banques souhaitaient une modification de la législation pour faire venir les fonds.

- Pierre Mirabaud, président de l'Association suisse des banquiers, espère aussi une décision rapide pour faire venir les hedge funds. En avez-vous parlé avec lui?

- Je rencontre régulièrement les responsables de Genève place financière, qui sont très intéressés. Toutefois, dans ce dossier, personne n'instrumentalise personne. De mon point de vue, il s'agit aussi de se préparer à affronter une période plus difficile avec l'UE. On ne peut pas refuser d'accueillir une activité financière importante, permettant de diversifier nos ressources.

- Beaucoup de gérants de Londres vous ont-ils déjà contacté?

- Certains contacts ont eu lieu avec l'administration fiscale. Si tous ne sont pas prêts à l'exode, nous pouvons vraiment capter une partie de ces professionnels.

- Votre démarche va susciter des réactions politiques négatives dans votre camp...

- Il existe une méfiance à l'égard de ces activités, comme d'ailleurs à l'égard des sociétés de négoce de matières premières. Mais la question ici n'est pas celle de leur régulation internationale. Il faut en revanche établir clairement les règles et le cadre qui leur permettraient de venir en Suisse. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.