WEF 2018

A Davos, les «millennials» prennent la parole

Ils ont moins de 33 ans et veulent changer le monde. Ce sont les Global Shapers, la communauté créée par le fondateur du World Economic Forum (WEF), Klaus Schwab. A Davos, ils s’engagent pour l’environnement, contre l’inégalité des sexes et ils se frottent aux géants du Net, comme le Chinois Jack Ma

Ils ont les yeux qui brillent quand ils parlent de leur rencontre avec Jack Ma. Il faut dire que le patron légendaire d’Alibaba, le géant chinois de l’e-commerce, met beaucoup de lui-même dans ses échanges avec ceux qu’on appelle les Global Shapers: une communauté de jeunes adultes âgés de moins de 33 ans lancée par le fondateur du World Economic Forum (WEF), Klaus Schwab. Sur une idée simple: les jeunes doivent pouvoir prendre la parole et contribuer à construire le monde qui sera le leur. Ce réseau soutenu par le WEF compte, six ans après sa création, plus de 7000 membres dans 159 pays.

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Ce mercredi en fin d’après-midi, dans le Congress Centre de Davos, une cinquantaine d’entre eux bombardent Jack Ma de questions sur les risques liés à l’intelligence artificielle, sur l’inégalité des chances entre hommes et femmes… et sur le besoin de sommeil de ce petit homme parti de rien et qui désormais régate avec les géants de la Silicon Valley. Car l’empire Alibaba, c’est aussi plus de 15 milliards de dollars investis sur trois ans dans la recherche sur les fintechs et l’intelligence artificielle. Les Chinois ne sont plus seulement des copieurs. Dans certains domaines, ils mènent le bal.

La guerre contre la faim et l’exclusion

Selon la vision de Jack Ma, expliquée aux Global Shapers, les deux premières guerres mondiales trouvent leur origine dans des chocs technologiques (la machine à vapeur, l’électricité…) et les bouleversements sociaux économique qui se sont ensuivis. La révolution numérique provoquera-t-elle un nouveau conflit planétaire?

Jack Ma souligne les risques de déséquilibres provoqués par les percées scientifiques et techniques récentes. Mais il y voit surtout, en indécrottable optimiste, la possibilité d’une «troisième guerre mondiale» victorieuse contre… la faim, la maladie, l’exclusion, le réchauffement climatique. Standing ovation!

Parmi les enthousiastes, le Mexicain Jesus Cepeda, représentant des Global Shapers du hub de Monterrey, une ville jusqu’à récemment en proie à la violence et aux crimes des cartels de la drogue. Docteur en robotique, il a travaillé sur les véhicules autonomes avant de changer de direction. «On peut avoir un impact beaucoup plus rapide sur la société avec des technologies plus légères comme les smartphones et le cloud computing (informatique en nuage).» Avec sa société One Smart City, il aide les administrations à améliorer leur gouvernance, à mieux gérer les données qu’elles collectent tout comme la distribution d’eau et d’énergie. Et lutte de ce fait contre la corruption toujours endémique au Mexique.

Ingénieur civil de formation, l’Irakienne Basima Abdulrahman a elle aussi été chahutée par l’histoire. Née à Bagdad, elle a fui avec ses parents à Erbil, dans le Kurdistan irakien, à la suite de l’invasion américaine de 2003. Après quelques années passées aux Etats-Unis, elle est revenue en Irak et a travaillé pour l’ONU dans la gestion de la crise humanitaire provoquée par Daech. «Maintenant que l’Etat islamique est en déroute, dit-elle, il faut que nous reconstruisions notre pays.»

La sécheresse, nouveau Daech?

«Le nouveau Daech, ce pourrait être le manque chronique d’eau, la sécheresse, les dégâts environnementaux.» Voilà pourquoi elle a créé KESK, afin de promouvoir et développer une architecture durable et adaptée aux conditions irakiennes. Dans le cadre des Global Shapers, elle a attiré l’attention de Klaus Schwab lui-même par un projet original: un programme de soutien aux personnes atteintes du cancer. «En Irak, en matière d’assistance psychologique, nous restons complètement démunis.»

C’est un principe fondateur de l’initiative des Global Shapers: les projets sélectionnés, soutenus et financés au travers du WEF doivent avoir un rayon d’action local même s’ils font ensuite l’objet d’échanges à l’échelle mondiale. Et ce sont la valeur et la mise en œuvre de ces idées qui peuvent valoir à quelques dizaines de ces jeunes d’être chaque année invités à Davos. Pour se rencontrer entre eux mais aussi pour se frotter à des dirigeants politiques ou économiques souvent inatteignables. Comme Jack Ma et bien d’autres. Pour Basima Abdulrahman, ce fut une rencontre impromptue… avec le premier ministre irakien.

Zineb El Ouazzani, elle, représente le hub de Genève. Elle a été parmi les 200 meilleures joueuses mondiales de tennis. Numéro un au Maroc pendant des années, très bien classée dans le circuit universitaire américain jusqu’à ce que les autorités lui retirent son visa, elle a été responsable des Global Shapers de Rabat et a fait carrière chez Microsoft avant de déménager en Suisse. Par amour, pour se rapprocher de son futur mari, lui aussi un Global Shaper rencontré lors d’un meeting du WEF.

Une moitié de femmes chez Alibaba

On l’interroge sur ses projets genevois. Elle sourit, elle qui a promu l’entrepreneuriat des femmes au Maroc. Elle raconte son étonnement lorsqu’elle découvre la pénurie de crèches qui sévit et le peu de soutien accordé aux familles.

Un projet, donc, parmi d’autres: inciter les entreprises à créer leur propre garderie. Vaste programme. Questionné sur l’égalité des sexes, un débat omniprésent cette année à Davos, Jack Ma a pu faire valoir, lui, des chiffres assez exemplaires: chez Alibaba, 49% des collaborateurs et 37% des cadres supérieurs sont des femmes.

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