Pas plus que l’an dernier, les Russes présents à Davos cette semaine n’ont pas bombé le torse. Après une année 2015 difficile, aucun participant ne s’est aventuré à prédire une amélioration en 2016. «Il n’y a rien à attendre de l’économie russe cette année», a prévenu Vladimir Dmitriev, président de la banque de développement Vnesheconombank, lors d’un débat sur les perspectives du pays vendredi matin au Forum économique mondial (WEF).

Selon le Fonds monétaire international (FMI), qui a revu ses prévisions en début de semaine, la Russie devrait subit une contraction de 1% de son économie cette année, en raison de la poursuite de la chute des prix du pétrole. La récession, qui a marqué l’année 2015, devrait ainsi continuer.

Les milieux économiques n’ont pas plus d’espoir: «Il n’y a pas que le secteur pétrolier qui va encore souffrir. Toutes les activités qui dépendent des dépenses des consommateurs vont être à la peine, de même que la construction», a expliqué Elizaveta Osetinskaya, directrice éditoriale de l’agence d’information russe RBC.

Et cela comporte des risques: «Sans une croissance de 5% au moins, la Russie va au-devant de troubles sociaux sévères», avait déjà prévenu Alexeï Kudrine. Pour le professeur et doyen de la School of Liberal Arts and Sciences de l’université d’Etat de Saint-Petersbourg, «personne n’aurait pu imaginer une telle dégringolade des prix du pétrole». Mais cela ne change pas le problème fondamental: l’économie russe n’a pas encore touché le fond, selon l’ancien ministre des Finances, qui avait démissionné en 2011 suite à une dispute publique avec Dimitri Medvedev. «Nous devons vivre sans la prime que nous ont offert nos réserves de pétrole», a-t-il ajouté, soulignant que des aspects positifs peuvent toujours prendre le dessus, notamment dans le lancement de réformes.

Rouble en chute libre

En effet, «pourquoi toujours se concentrer sur les aspects négatifs?», a lancé Vladimir Dmitriev. «Il faut aussi voir les éléments positifs: nous avons initié 10 projets majeurs cette année, investissant 18 milliards de roubles (224 millions de francs)», a expliqué le responsable, espérant des retombées démultipliées de ces initiatives, dont la construction d’usines technologiques. «Il faut comprendre que nous sommes un pays qui continue de se développer», a-t-il insisté.

Les participants ont aussi fait fi de la décision jeudi du gouverneur de la banque centrale, pris dans la tourmente des marchés, d’annuler son déplacement dans la station grisonne. En chute libre cette semaine, le rouble a perdu plus de 5% en une journée, avant de se reprendre en fin de semaine. Pourtant, selon beaucoup d’experts, le recul de la monnaie russe n’a pas été aussi fort que la chute des prix du pétrole, et pourrait donc se poursuivre ces prochaines semaines, forçant la banque centrale à intervenir.

Reste que, même la tête haute, la plupart des participants ont rappelé le besoin de réformes alors que le pétrole et le gaz comptent toujours pour la moitié des rentrées fiscales. «Nous devons réduire notre dépendance au pétrole et le faire rapidement», a souligné Yury Trutnev, le vice-premier ministre russe, alors que les prix de l’or noir sont tombés en dessous de 30 dollars le baril.