La 41e réunion annuelle du Forum économique mondial s’est achevée ce dimanche à Davos. Fini les discussions sur l’euro, l’inflation ou la croissance des pays émergents. Cette semaine d’échanges officiels et privés a aussi été l’occasion d’une explication entre banquiers et autorités politiques et de surveillance. Et les Suisses ont faire part de leur inquiétude.

«Les Etats-Unis n’ont déjà pas appliqué Bâle II, et visiblement ils n’adopteront pas Bâle III alors que nous y sommes déjà. A un moment, on devra se demander si on peut renoncer à ce qui va devenir un net handicap concurrentiel.» Assis avec son iPad sur les genoux dans un des fauteuils du Centre des congrès de Davos, ce banquier suisse ne s’oppose pas par principe au renforcement des fonds propres, mais souhaite que les «règles du jeu soient à peu près les mêmes pour tout le monde. On en est loin puisque nos grandes banques ont besoin de jusqu’à deux fois plus de capital que certaines rivales, et que la réglementation des établissements «too big to fail» n’est pas encore réglée.»

Présents dans la station grisonne, le Suisse Joseph Ackermann, président de Deutsche Bank, et Kaspar Villiger d’UBS ont exprimé dans la presse de ce matin des remarques similaires. Le premier, dans Sonntag, est «d’avis que la Suisse avec ses exigences en préparation [ndlr: pour les établissements trop grands pour faire faillite] s’éloigne trop des recommandations internationales» alors que beaucoup a déjà été fait. Cette prochaine réglementation pose «la question centrale de la compétitivité d’une banque internationale. Si l’Amérique et l’Angleterre faisaient de même, je n’aurais aucun scrupule. Cependant, est-ce vraiment ainsi?», s’est inquiété Kaspar Villiger dans la NZZ am Sonntag.

La semaine passée, les banquiers ont mené campagne pour demander aux autorités politique de ne pas davantage renforcer la régulation de leur activité. Samedi matin, dans une réunion informelle, «nous avons dit merci aux banquiers centraux et aux régulateurs. Les banques travaillent maintenant dans un cadre plus sûr, cela va bien», a déclaré Bob Diamond le patron de la banque britannique Barclays. Plus tôt dans la semaine, celui de l’établissement américain JP Morgan avait appelé à la fin du dénigrement des banquiers, car «tous ne sont pas des pourris». Il avait aussi averti le président Sarkozy à la tête du G20 cette année, des risques d’une réglementation excessive et demandé qu’on s’en tienne là. Il n’en est pas question, lui avait répondu le Français.

Les banquiers ont semble-t-il plus de soutien à Londres. Dans son discours à Davos, le premier ministre Cameron a employé à de nombreuses reprises le terme «déréguler». Un banquier d’affaires expliquait aussi, sous couvert de l’anonymat, que Washington a fait passer le message que «le travail a été fait», et qu’il n’y aura donc pas de nouveau tour de vis.

Samedi matin, la ministre français de l’économie a toutefois répondu qu’elle attendait des banques qu’elles «financent l’économie, distribuent des rémunérations raisonnables et augmentent leurs fonds propres».

Le président de la Banque nationale, Philipp Hildebrand, a de son côté la semaine passé assuré qu’il fallait encore prendre des mesures concernant la liquidité des établissements. Il a en outre indiqué que les régulateurs auraient encore besoin de «plusieurs années» pour mettre en place un cadre international. «Même si les règles sont dures, une fois qu’elles sont claires, les banques s’adaptent», a-t-il déclaré lors d’un déjeuner sponsorisé par Credit Suisse.