Monnaies

La débâcle turque fait plonger la roupie indienne

Les économies émergentes, plus solides que lors des précédentes crises financières, sont néanmoins frappées par un sentiment négatif lié à la Turquie. La livre turque a quelque peu remonté la pente mardi, mais les problèmes fondamentaux sont intacts

La monnaie indienne est tombée à son plus bas niveau historique mardi, s’échangeant à 70 roupies contre 1 dollar. Autant dire que la crise financière turque s’est étendue à grande vitesse aux autres économies émergentes. «La Turquie n’est pas un pays systémique au niveau global et l’impact direct devrait être limité, souligne Stéphanie de Torquat, stratège senior de la banque Lombard Odier à Genève. Mais le mécanisme de contagion s’est opéré par un sentiment négatif qui est parti de la crise turque.»

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«L’Inde n’est tout de même pas le pays pour lequel on est le plus inquiet», poursuit Stéphanie de Torquat. Selon elle, son économie a commencé à resserrer sa politique monétaire en réponse à des pressions inflationnistes. «Mais à l’approche des législatives de 2019, le gouvernement laisse filer le déficit fiscal», fait-elle ressortir.

Cercle vicieux

Pour la stratège de Lombard Odier, les pays plus vulnérables seront ceux qui ont un déficit courant élevé et qui dépendent des investissements étrangers. «Ils devront payer cher pour emprunter en dollars, fait-elle remarquer. L’inflation va s’aggraver et ils entreront dans un cercle vicieux.» Selon elle, l’Afrique du Sud, avec un déficit courant de 3,2% du produit intérieur brut (PIB), est le pays le plus exposé.

L’Argentine a été proactive. Les autorités ont fait grimper le taux d’intérêt à 45% (+5%) pour éviter tout choc. Le yuan chinois et le rouble russe ont aussi cédé du terrain, mais pour Stéphanie de Torquat, la baisse dans les deux cas serait liée plutôt aux sanctions américaines.

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«Globalement, les pays émergents se trouvent aujourd’hui dans une situation plus robuste que durant les précédentes crises, fait remarquer pour sa part Aneeka Gupta, stratège actions chez WisdomTree, à Londres. En 2008, ils accumulaient des réserves de 2000 milliards de dollars, contre 3500 milliards en 2018.»

Investisseurs opportunistes

Selon Aneeka Gupta, les investisseurs n’abandonnent pas les pays émergents malgré les risques de contagion de la crise turque. «Les investisseurs sont, de façon générale, assez opportunistes, note-t-elle. Les gains réalisés aujourd’hui sur les monnaies émergentes illustrent bien le fait que ces derniers continuent d’acheter bien que les marchés soient à la baisse et que les problèmes de la Turquie soient loin d’être résolus.»

En effet, après avoir cédé 40% de sa valeur depuis le début de l’année, dont 6,7% sur la seule journée de lundi, la livre turque s’est redressée quelque peu mardi. «Cette hausse ne correspondait pas à une quelconque décision constructive, relève Stéphanie de Torquat. Vu la plongée des monnaies émergentes, les investisseurs ont saisi une opportunité d’achat.»

Selon la stratège de la banque genevoise, la situation en Turquie continuera à s’aggraver si les problèmes fondamentaux ne sont pas traités avec des outils orthodoxes. Dont une intervention du Fonds monétaire international et une hausse des taux.

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