Est-on à l’aube d’un nouveau supercycle des matières premières? La question était largement débattue mardi lors d’un sommet de référence sur la question, le Commodities Global Summit du Financial Times, entièrement virtuel. Les cours de certaines ressources naturelles flambent depuis plusieurs mois, des métaux nécessaires à la transition énergétique aux denrées agricoles de base.

Un kilogramme de cuivre s’échange à près de 10 dollars, deux fois plus qu’en juin 2020. Les tarifs de ce minerai essentiel à l’électrification du globe promettent de servir de référence après ceux du brut, quand la transition énergétique sera plus avancée. Les prix du rhodium, de l’aluminium et du cobalt ont chacun pris l’ascenseur, tout comme ceux du blé, du sucre ou encore du soja. Même le baril de brent s’envole: cet étendard extrait au large de l’Ecosse s’est repris depuis le pic de la pandémie, en avril 2020, quand il valait moins de 20 dollars, pour s’échanger désormais autour des 73 dollars.

«Les nouvelles mines de cuivre sont rares»

Alors, nouveau supercycle comme au début du siècle quand, sous l’impulsion de la Chine, les prix des matières premières se sont élevés dix ans durant?

C’est l’avis de Mick Davis, l’ancien patron de Xstrata, un groupe minier suisse racheté en 2012 par le géant zougois Glencore. La transition énergétique qui s’opère et des subventions massives vont d’autant plus faire grimper les prix que l’offre est bloquée. «Les nouvelles mines de cuivre sont rares et leur développement prend un temps énorme», a-t-il dit lors du sommet. La demande en cobalt pourrait être multipliée par 20 et celle en lithium par 40 d’ici à 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Un manque d’investissements dans les mines et les hydrocarbures va engendrer une hausse durable des prix, ajoute Jeff Curie, spécialiste des matières premières chez Goldman Sachs.

«Nous sommes seulement dans un contexte de reprise», rétorque Jumana Saleheen, cheffe économiste au sein du groupe CRU, un cabinet britannique d’intelligence économique. Durant la crise sanitaire, les masses confinées ont craqué pour des biens consommables, des chaises aux machines à laver, ce qui a eu une incidence sur les prix des matières nécessaires à leur fabrication, selon elle. Les consommateurs vont désormais s’offrir des services, des restaurants aux vacances, moins gourmands en matières premières, prédit Jumana Saleheen.

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«En Chine, la demande en métaux n’émane pas seulement des véhicules électriques, de l’éolien et du solaire, mais souvent surtout de l’immobilier, où la demande est stable», complète Mark Williams, spécialiste de l’Asie chez Capital Economics.

Quant au pétrole, il demeure essentiel. Interrogés tour à tour, les patrons des groupes de négoce genevois Trafigura, Vitol et Mercuria anticipent tous une légère hausse des prix du pétrole ces prochains mois. «Nous anticipons que la demande en pétrole va croître jusqu’en 2030, quand elle atteindra son pic et se stabilisera pendant une décennie avant de décliner, rapidement, dans les années 2040», a fait savoir Russell Hardy, le patron de Vitol. Ces derniers mois, Trafigura et Vitol ont d’ailleurs investi dans un important gisement pétrolier dans l’Arctique russe.