Peut-on vraiment empêcher les banques de présenter un risque systémique, d’être trop grandes pour faire faillite (d’être «too big to fail»)? Un fossé, si ce n’est des univers, sépare les points de vue des acteurs de la finance et de ceux qui sont chargés de lui imposer de nouveaux garde-fous, a révélé mercredi l’une des premières tables rondes du Forum économique de Davos (WEF), où sont réunis jusqu’à dimanche 2500 décideurs économiques et politiques.

Les banques sont devenues grandes et internationales parce que leurs clients demandaient des services globaux, «pas parce qu’elles l’ont décidé», a dit d’emblée Robert Diamond, président de la banque britannique Barclays. Vouloir aujourd’hui démanteler ces établissements aurait «un impact négatif sur l’ensemble de l’économie et sur l’emploi».

Des objectifs masqués

«Je ne sais franchement pas ce que ‘trop grand’ veut dire. Et lorsque l’on parle de limiter la taille des établissements, veut-on vraiment régler le risque systémique, veut-on répondre à la colère populaire, ou punir les managers dont la gestion a été défaillante?», a ajouté Jonathan Nelson, directeur de la société de «private equity» (capital-investissement) Providence Equity Partners. S’il estime nécessaire de réformer le fonctionnement de la finance, les propositions sur le tapis ont à ses yeux avant tout pour objectif de répondre aux deux derniers objectifs.

Face à ce tir de barrage, l’ancien gouverneur de la banque centrale mexicaine et ancien ministre des finances Guillermo Ortiz a rappelé que le principal problème demeure le niveau d’endettement des banques, qui sont «par nature» endettées. «Le problème révélé par la récente crise est que le capital des établissements qui présentent un risque systémique est subventionné», a-t-il rappelé. Dans ce contexte, cet ancien homme politique devenu aujourd’hui professeur estime légitime l’idée de limiter la taille des banques et l’étendue de leurs activités (comme l’interdiction du négoce pour compte propre), idée reprise par l’administration Obama, mais émise dès le début du tumulte par Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale américaine.

Fonds propres et liquidités

Grand coordinateur des projets de réformes du système financier, le directeur de la Banque des règlements internationaux Jaime Caruana ne s’est guère aventuré sur l’opportunité de démanteler ou non les banques, voire de leur interdire certaines activités. Les règles en cours d’élaboration (par le Conseil de stabilité financière-FSF) se focalisent surtout sur la nécessité d’augmenter les fonds propres, de maintenir des niveaux de liquidités plus élevés et d’améliorer la surveillance. De manière surtout à la coordonner au niveau international.