Découvrir une nouvelle molécule thérapeutique est un travail de titan. La transformer en médicament en est un autre. C'est ce qu'on appelle la galénique ou l'art de façonner un principe actif en pommade ou comprimé pour qu'il puisse être administré au patient. «Aujourd'hui, environ 40% des nouveaux développements pharmaceutiques sont arrêtés à cause du manque de solubilité des molécules dans l'eau», explique Evelyne Vuaridel, qui dirige Galenic Unit à Gland, la division chargée de la galénique au sein du groupe lausannois Debiopharm.

Evelyne Vuaridel donne l'exemple du Debio-025, une des molécules les plus prometteuses de la société, actuellement en développement clinique. Debio-025 cherche à réduire la quantité du virus HIV dans le sang. A la base, cette molécule était insoluble dans l'eau. «Avec une technologie de micro-émulsion qui augmente sa solubilité de 10000 fois, elle peut être administrée par voie orale malgré tout, explique la directrice de Galenic Unit. Sans ce support, le médicament passerait par les méandres de l'intestin comme un caillou et ne pourrait pas être absorbé dans la circulation sanguine pour déployer son activité antivirale.»

Présidée et fondée par Rolland-Yves Mauvernay, un charismatique octogénaire, la société familiale Debio compte 280 employés. Elle chapeaute notamment Debiopharm qui recherche ses molécules au sein des universités, des start-up ou reprend des recherches abandonnées par des sociétés pharmaceutiques. Elle évalue environ 1000 nouvelles molécules chaque année. Aujourd'hui, seules une dizaine d'entre elles sont entrées dans le giron de Debiopharm. En échange d'une licence, le groupe lausannois finance alors tout le développement de la substance jusqu'à sa mise sur le marché et cherche un partenaire pharmaceutique pour la commercialisation.

Debiopharm est en mesure de résoudre différents problèmes que peuvent rencontrer les chercheurs, à l'exemple de la galénique. C'est ce qui s'est passé avec le Decapeptyl, un médicament actif contre le cancer de la prostate. Son inventeur et Prix Nobel Andrew Schally n'a pas réussi à convaincre l'industrie pharmaceutique. Raison invoquée: ce traitement nécessitait deux injections quotidiennes.

Debiopharm a reformulé la substance active avec des microparticules biodégradables. C'est en se résorbant qu'elles libèrent le peptide. Aujourd'hui, l'injection ne se fait plus qu'entre une et troisfois par mois. Le Decapeptyl est désormais commercialisé mondialement par les groupes pharmaceutiques Ipsen et Watson et réalise des ventes de 250 millions de dollars (323 millions de francs).

Debiopharm compte également utiliser un implant biodégradable pour un autre traitement le ZT-1, une molécule en phase clinique II qui lutte contre la maladie d'Alzheimer. «Il suffira d'une injection par mois. L'avantage d'un tel implant est que le patient n'oubliera pas de prendre son médicament et que la substance sera diffusée avec un taux plus constant que par voix orale», explique Evelyne Vuaridel.

Le groupe Debio, qui chapeaute notamment Debiopharm, compte 280 employés, dont 14chercheurs chez Galenic Unit à Gland. Ceux-ci tentent aujourd'hui d'améliorer la formulation de l'Eloxatine, un traitement contre le cancer du colon. Il est devenu un produit-phare de Sanofi-Aventis, avec des ventes dépassant le milliard de francs dont une partie revient à Debiopharm sous forme de royalties. Ce traitement a actuellement des effets secondaires neurologiques sur les mains et les pieds empêchant l'administration de doses élevées au patient.

Evelyne Vuaridel et son équipe veulent diriger les molécules actives directement dans les tumeurs et cela grâce à des transporteurs, appelés micelles. Ces derniers entourent la molécule anticancéreuse et la conduisent vers la tumeur uniquement. «Les vaisseaux sanguins des tumeurs sont poreux et le drainage lymphatique se fait mal. C'est cette particularité qui permet de mieux cibler la molécule», explique la scientifique. Debio vient d'ailleurs d'investir 400 millions de yens (4,4 millions de francs) dans la société japonaise NanoCarrier, une start-up qui développe des transporteurs nanoscopiques.