Pharma

Debiopharm produira des diagnostics en Valais

Le groupe lausannois, qui développe des médicaments contre le cancer, se lance dans une nouvelle activité à Martigny

Debiopharm a fait le pas. Entré en janvier 2015 comme actionnaire important dans la société canadienne GenePOC, qui a développé une plateforme de diagnostics rapides au chevet du patient, le groupe lausannois a décidé de prendre le contrôle opérationnel de cette société, qui emploie actuellement une cinquantaine de personnes et dont les effectifs devraient plus que doubler dans l’année qui vient.

«Nous possédons déjà plus des deux tiers du capital de GenePOC et détiendrons environ 80% dans les six à douze mois prochains», affirme Thierry Mauvernay, administrateur délégué du groupe Debiopharm, dont une société est spécialisée dans la fabrication, à Martigny, de médicaments contre le cancer de la prostate. Le montant de la transaction, rendu possible par la cession des parts détenues par la société de capital-risque Emerillon, n’est pas dévoilé.

«Cette acquisition permettra de créer une dizaine d’emplois à Martigny sur la base d’un investissement supplémentaire de 10 millions de francs, mais le plus important est que nous allons sauvegarder les emplois actuels, explique Thierry Mauvernay. Nous étions à la recherche, depuis 2013, d’une seconde activité pour être sûrs de pouvoir conserver les 150 emplois sur notre site de production, qui s’est largement automatisé.»

200 dossiers examinés

Debiopharm a investi 125 millions de francs en quinze ans dans la modernisation du site valaisan afin de maintenir sa compétitivité. «Nous devons augmenter chaque année notre productivité de 8% pour compenser le franc fort et la pression internationale sur les prix des médicaments, et nous faisons tout pour rester en Suisse, ce qui passe par de gros investissements», résume le patron du groupe pharmaceutique.

Quelque 200 dossiers ont été examinés en vue d’implanter, à court terme, une activité supplémentaire à haute valeur ajoutée. Dans le dernier carré, se trouvaient l’extension et le développement de la plateforme diagnostique de GenePOC, et la fabrication d’un substitut au fil de suture chirurgicale sous forme de colle biocompatible.

Dans un premier temps, le site de Martigny fabriquera pour l’Europe et l’Asie deux tests diagnostiques. Le premier, sur la base d’un frottis vaginal, peut détecter rapidement avant l’accouchement un risque d’infection chez le nouveau-né, une infection qui peut déboucher sur une méningite ou une pneumonie pour l’enfant. Le second détectera l’une des premières causes d’infection nosocomiale, la bactérie C. diff.

Nettement moins cher

«Ces tests rapides, en moins d’une heure, qui peuvent être réalisés au chevet du patient (ou sur les lieux de soins Point-of-Care), coûteront deux à trois fois moins cher que les tests concurrents du même type, soit quelque 25 à 35 francs, souligne Thierry Mauvernay. Les appareils d’analyse prennent peu de place et sont également au moins deux fois moins chers que les équipements actuellement utilisés.»

La technologie de GenePOC pourra s’appuyer sur le savoir-faire de Debiopharm dans les productions de hautes technologies, ses compétences en matière logistique, ainsi que sur la capacité financière du groupe. La commercialisation devrait débuter cet automne en Europe et s’étendre sur huit pays dans un premier temps. Le marché américain, qui sera approvisionné par le siège canadien de la société, devrait être couvert dès l’an prochain, après l’aval des autorités d’homologation américaines attendu fin novembre 2016, début 2017.

«Je pense qu’en 2020, cette nouvelle activité de tests diagnostiques représentera 10 à 15% de l’activité du site de Martigny», souligne Thierry Mauvernay, qui entend bien poursuivre le développement de cette technologie pour pouvoir l’étendre, dans les deux à trois ans, à l’analyse d’autres bactéries, comme celle de la tuberculose, ou de virus, comme ceux de la grippe, voire du sida et de la tuberculose. Puis, à terme, il rêve de pouvoir analyser les modifications d’ADN de cellules cancéreuses dans le sang, grâce à une nouvelle technologie acquise par Debiopharm il y a peu. «Les tests diagnostiques ne représentent que 2% des coûts de la santé, mais ils déterminent 60 à 70% des traitements prescrits», constate le patron de Debiopharm.

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