Que ce soit les coups de boutoir des agences de notation, le possible appel à l’aide financière de Madrid ou le scénario d’une Grèce sortant de la zone euro, rien n’y fait. En dépit de la nouvelle vague d’angoisses qui submerge la zone euro, les ménages suisses gardent la tête hors de l’eau.

Selon l’enquête trimestrielle publiée lundi par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), le climat de consommation s’est même amélioré entre janvier et avril. Son indice s’inscrit à – 8 points, contre – 19 points trois mois auparavant. Les Suisses sont-ils insensibles aux ennuis de leurs voisins? Ou inconscients des risques que fait peser une Europe en récession sur le pays? Ont-ils oublié que la zone euro compte toujours pour près des deux tiers des exportations suisses? «Le rebond est important, mais l’on reste en territoire négatif», commence par pondérer Maxime Botteron, économiste de Credit Suisse. Idem pour le sous-indice consacré au chômage, dont l’embellie est notable mais qui traduit des attentes réservées: à la question de savoir si le marché de l’emploi va se détériorer au cours des douze prochains mois, le solde des réponses des 1200 sondés, qui peut varier entre – 200 et +200 points, s’est inscrit à +49 points en avril, contre +71 trois mois plus tôt.

Pour Bruno Parnisari, le sous-indice qui mesure le sentiment de sécurité des places de travail (–64 points, contre – 78 en janvier) est également un bon indicateur. «Les ménages y ressentent rapidement les retournements de tendance que les statistiques confirment par la suite», précise le chef du secteur conjoncture du Seco. A 3,1% en avril, le chômage pourrait donc encore baisser, alors que le consensus des prévisions table sur ce niveau en moyenne pour l’ensemble de l’année.

Les sondés se montrent également plus optimistes concernant l’évolution générale de l’économie (–2 points contre – 29 en janvier). «Dans le contexte de la crise dans la zone euro, cela peut surprendre», poursuit Bruno Parnisari. Lequel insiste toutefois sur l’importance du timing de l’enquête, qui a été réalisée en avril, alors que c’est surtout depuis le début du mois de mai que de nouvelles craintes ont ressurgi en Europe. Par contre, les ménages ressentent toujours plus le renchérissement. Ils considèrent aussi que la période actuelle est moins propice à des achats importants, alors même que les immatriculations de voitures neuves, par exemple, ont battu un record en début d’année.

Au final, auront-ils les reins assez solides pour, cette année encore, servir de moteur à l’économie suisse? Pour Maxime Botteron, ce scénario est fort probable, alors que l’industrie d’exportation va, elle, continuer de lutter contre les effets du franc fort et la baisse de la demande européenne et internationale. Credit Suisse prévoit une croissance de la consommation privée de 1,1%, contre seulement 0,5% pour le PIB dans sa globalité.

«En général, la corrélation entre confiance et dépenses de consommation n’est pas très élevée», pondère Bruno Parnisari. Il rappelle que les dépenses de logement, d’eau, d’énergie ou de santé sont difficilement compressibles ou extensibles. «La croissance démographique aura parfois plus d’influence que l’élément de confiance», conclut-il.

Les sondés considèrent par contre que la période actuelle est moins propice aux achats importants