L'asphalte français fait rêver les investisseurs. Tout au moins celui des quelque 7000 kilomètres que Paris s'apprête à privatiser. Les candidats à la reprise des trois grandes sociétés d'autoroutes détenues par l'Etat avaient jusqu'à lundi soir pour montrer leur intérêt. Au moins sept dossiers devraient avoir été déposés. Le Ministère de l'économie souhaite maintenir une grande discrétion autour de l'opération pour en conserver la maîtrise, et ne pas menacer les 10 milliards d'euros (15,5 milliards de francs), minimum, qu'il peut en retirer.

Deux groupes français, Vinci et Eiffage, seraient sur les rangs. En juillet, Bouygues avait annoncé son retrait. Mais la privatisation d'ASF (Autoroutes du Sud de la France), de la Sanef (Société des autoroutes du Nord et de l'Est de la France) et d'APRR (Autoroutes Paris-Rhin-Rhône) a surtout suscité les convoitises d'acteurs étrangers. L'italien Autostrade a annoncé sa candidature. Enfin, quatre groupes espagnols se seraient également engagés dans la course (Abertis, Cintra, Itinere et Fomento de Construcciones y Contratas (FCC).

Les analystes qualifient les entreprises privatisées d'«attractives» parce qu'elles disposent d'un fort pouvoir sur les prix. Elles peuvent augmenter leurs tarifs, dans une certaine limite, sans que cela fasse fuir les automobilistes, et donc dégager une forte rentabilité.

Tous les candidats, qui viennent pour la plupart du secteur de la construction ou du péage autoroutier, devraient savoir dans les 48 heures si leur dossier a passé la première étape de sélection. Le gouvernement va d'abord s'assurer que les dossiers comprennent bien un prix et un projet industriel. La procédure n'aboutira toutefois pas avant l'automne. Bercy pourrait organiser un «concours de beauté» afin de faire monter les prix et susciter alliances ou regroupements, indique Le Monde dans son édition de mardi.

Pour limiter les risques de contestation ou de favoritisme «patriotique», une personnalité indépendante devrait par ailleurs être nommée. Le gouvernement français doit faire accepter une privatisation qui, politiquement, ne fait l'unanimité ni à droite, ni à gauche.

«On avait bien compris que les caisses étaient vides, a déclaré lundi la porte-parole du Parti socialiste, mais on n'avait pas pensé que le gouvernement irait jusqu'à brader le patrimoine de l'Etat.» «De grands groupes, plus particulièrement étrangers – italiens, espagnols – sont intéressés», «plus en raison de la rentabilité de ces privatisations que de l'investissement», a-t-elle remarqué.

Quelques ténors de la majorité sont également sortis du rang. Le président de l'UDF, François Bayrou, veut attaquer juridiquement l'opération. L'ancienne ministre de l'Ecologie Roselyne Bachelot parle d'un «un mauvais calcul financier mais aussi d'une erreur écologique» aux «conséquences tragiques». Mais la droite, dans son ensemble, soutient le gouvernement.