Juste avant de déboucher sur l’avenue des Découvertes, les rues de Galilée et de Pythagore plantent le décor. A Y-Parc, dans la banlieue sud d’Yverdon-les-Bains (VD), les théorèmes et autres lois physiques barbotent dans leur élément. A tel point que depuis le mois de mai, en plein cœur du parc technologique, un temple est désormais dédié à la science.

Drapé de panneaux dorés et de formules algébriques griffonnées à la craie, l’imposant bâtiment se repère de loin. Baptisé Explorit, il héberge sur 14 000 mètres carrés un espace de coworking, des commerces, quelques restaurants, mais aussi des salles de cinéma. Sur deux étages, il abrite surtout l’alter ego romand de Kindercity. Cette petite cité des sciences séduit depuis une quinzaine d’années les Alémaniques à Volketwswil, dans les environs de Zurich.

Avalanche de critiques

Faire découvrir aux enfants les plaisirs de la science de manière «ludique» et «pédagogique». En charge de la communication de ce nouveau complexe, Elodie Waquet résume dans un atrium encore en chantier le parti pris de Sandrine et Jean-Christophe Gostanian, les parents du projet.

Si l’inauguration officielle est prévue pour la fin du mois, le site accueille déjà des clients depuis mai. Des débuts qui se font dans la douleur. Sur le site d’évaluation Trip Advisor, les visiteurs se déchaînent, trouvant l’interaction trop faible, dénonçant les couacs techniques ou jugeant la scénographie trop pauvre. Sur place, en cette belle matinée de septembre, il est difficile de recueillir des témoignages car le site est pratiquement désert.

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Le prix demandé semble surtout crisper. Les internautes les plus indulgents jugent «un peu court» pour l’argent investi. Les plus remontés trouvent «scandaleux» de faire payer les moins de trois ans ou parlent carrément d’une «supercherie». La direction d’Explorit répond consciencieusement à chaque critique, faisant acte de contrition et promettant de s’améliorer. Dans un dernier message, elle signale que les enfants ne paient plus en dessous de quatre ans ce que confirme le site internet.

Trouver le juste prix

«Nous sommes en train de tester et de réfléchir à différentes formules», confirme Elodie Waquet, bien consciente du caractère délicat de la situation. En ouvrant discrètement les deux salles d’exposition interactives ce printemps, Explorit a appliqué peu ou prou les mêmes tarifs qu’à Zurich ce qui ne passe pas de ce côté-ci de la Sarine. «Une famille avec un enfant de cinq ans devrait payer 2x 22.- et 1x 16.- pour voir son enfant jouer pendant deux heures, c’est franchement exagéré», s’étrangle ainsi un parent sur internet.

L’étage dédié aux tout petits est en effet celui qui suscite le plus la controverse. De la traite de la vache à la découverte des énergies, il est jalonné de postes où les enfants ne manqueront pas de s’amuser mais qui n’auront aucun intérêt pour des adultes. Or, ceux-ci passent tout de même à la caisse. Et ils pourraient bien ajouter encore une thune dehors pour que la prunelle de leurs yeux puisse s’amuser pendant dix minutes avec les attractions extérieures.

Eviter le scénario Aquatis

Dissocier les entrées pour Kinder City et Science City est l’une des pistes envisagées pour résoudre cette épineuse équation. Consacré aux planètes, à l’énergie et aux villes du futur, le volet des plus de dix ans semble trouver un peu plus grâce aux yeux des visiteurs. Il dispose en tout cas d’un indéniable potentiel.

«Yverdon, ce n’est pas le même pouvoir d’achat que Lausanne, Genève ou Zurich. Alors, les gens rechignent à payer autant», observe Elodie Waquet. Son constat amène la question suivante: Pourquoi ne pas avoir implanté Explorit dans l’arc lémanique? «L’idée, c’est d’attirer également des gens du Jura, de Neuchâtel ou de Berne», répond la jeune femme.

Une fois redéfinie la politique de prix définitive réussira-t-elle à attirer les 50 000 visiteurs escomptés chaque année? Explorit dispose de peu de temps pour l’adapter s’il veut éviter de connaître les mêmes affres qu’Aquatis. Les tarifs initiaux pratiqués par l’aquarium-vivarium lausannois avaient aussi suscité la polémique. Revus à la baisse, ils continuent d’agiter la toile.

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