La décision surprise, mardi à Alger, de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) de réduire sa production de 10% à 23,5 millions de barils par jour (mbj) dès le 1er avril, a provoqué le courroux de Washington (LT du 11.02.2004). Mercredi, le secrétaire américain au Trésor, John Snow, l'a qualifiée de «regrettable», estimant qu'elle revenait à taxer le consommateur américain. «L'OPEP ne pouvait jouer plus mauvais tour à l'administration Bush: des prix élevés à la pompe qui pourraient perdurer au cours de la période estivale, avec un dollar faible et en période électorale, cela va peser sur les dépenses des consommateurs et d'une économie en pleine reprise», commente Andrew Parmentier, analyste chez le courtier new-yorkais Friedman, Billings, Ramsey & Co (FBR). Selon lui, cette décision de l'OPEP, qui n'aidera pas la reprise de l'emploi aux Etats-Unis, pourrait même contribuer à la non réélection de George W. Bush.

«Ça ne tient pas la route»

La décision de l'OPEP démontre que le cartel ne craint pas de défendre des niveaux de prix supérieurs à sa fourchette de 22-28 dollars le baril, comme ils l'ont été depuis le 2 décembre. Le secrétaire américain à l'Energie, Spencer Abraham, a pour sa part lancé mercredi que les Etats-Unis «ne supplieraient pas pour avoir davantage de pétrole», estimant que la position du cartel rendait encore plus urgente la réforme de la politique énergétique américaine, dans un sens qui «nous rende moins dépendants de l'OPEP». Cet argument laisse Andrew Parmentier très sceptique: «Cela ne tient pas la route. Le projet des républicains d'extraire du pétrole local en Alaska prendrait en réalité dix ans avant de se concrétiser sous forme de production, sans compter la ferme opposition des démocrates, qui promeuvent l'usage efficient d'essence.»

La Maison-Blanche ne peut-elle donc influencer l'OPEP? «Il serait naïf de croire que Washington a un tel poids face au cartel, répond Andrew Parmentier. Les Etats-Unis manquent du capital de sympathie politique pour peser sur l'OPEP: les populations des pays producteurs sont opposées à une politique accommodante de l'OPEP sur les prix du pétrole.» Sans compter le poids de l'Europe: «N'oublions pas, suggère l'économiste de FBR, que la France, l'Allemagne ou la Russie font probablement du lobbying auprès du cartel dans un sens contraire aux intérêts américains.» En raison de la hausse de l'euro, les pays européens bénéficient, en effet, d'une amélioration de leur pouvoir d'achat de pétrole, libellé exclusivement en dollars.

Mardi, la décision de l'OPEP n'a provoqué que brièvement une hausse des cours du Brent au-dessus de 30 dollars le baril. Mercredi matin, les cours repassaient sous les 30 dollars à Londres, le marché doutant que le cartel mettra en œuvre sa décision, à commencer par la suppression prévue dès mars de 1,5 mbj de dépassements de quotas. Le président de l'OPEP, Purnomo Yusgiantoro, a par ailleurs pris la précaution de déclarer que le cartel pourrait toujours modifier sa décision lors de sa réunion à Vienne le 31 mars, si les prix devaient atteindre des «niveaux inacceptables».

Les cours promettent malgré tout de rester élevés, d'autant plus que la consommation mondiale de pétrole augmentera cette année de 1,4 mbj, à un total de 79,9 mbj, selon le rapport mensuel publié mercredi par l'Agence internationale de l'énergie.