Hormis quelques lignes mentionnées dans la presse spécialisée, l’émission récente par AMAG Leasing de 515 millions de francs de titres adossés à des actifs est passée pratiquement inaperçue la semaine dernière.

Pourtant, la filiale responsable des opérations financement du distributeur automobile helvétique a réalisé sa deuxième transaction de plusieurs centaines de millions de francs en moins de six mois au moyen de titres de type «asset-backed security» (ABS) en Suisse. En décembre dernier, la société avait déjà levé pour 310 millions de francs de titres de dette par ce biais.

Les titres émis la semaine dernière, garantis par des contrats de leasing automobiles contenus dans le portefeuille d’AMAG Leasing, ont été placés principalement auprès d’investisseurs institutionnels suisses, a précisé la société dans un communiqué. Une opération jugée «extrêmement satisfaisante» par Daniel Hüppi, directeur de AMAG, car elle permettra au groupe de mieux diversifier le financement de son portefeuille de leasing à long terme.

Même David Bowie y a recouru

Comment expliquer le regain d’intérêt des investisseurs pour ce type de véhicules, pourtant largement décriés au sortir de la crise financière? Souvent encore associé à la crise de la dette immobilière pourrie aux Etats-Unis, un asset-backed security – soit une valeur mobilière adossée à des actifs en français – a la particularité de pouvoir reposer sur des sous-jacents ou des flux de revenus de nature très diverse. Ces instruments peuvent être basés aussi bien sur les loyers issus d’un portefeuille immobilier, les remboursements futurs de paiements de cartes bancaires ou les revenus de créances commerciales. L’idée étant que le grand nombre de contrats sous-jacents contenus dans un ABS permet de diversifier les risques pouvant résulter de défauts de paiement. Dans le cas d’Amag Leasing, les revenus proviennent des recettes futures des contrats de leasing automobile des véhicules mis à disposition par le distributeur.

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Les actifs servant de sous-jacent aux ABS sont parfois des plus inattendus. Ainsi, une chaîne de pubs britannique s’était refinancée en titrisant les futurs revenus de ses établissements. A la fin des années 1990, David Bowie avait financé ses enregistrements à l’aide d’ABS dont la valeur était garantie par les futures recettes tirées de la vente de ses albums. Au sommet de leur popularité au milieu de la dernière décennie, les ABS ont connu une chute brutale à la fin de 2007, lorsqu’ils ont été assimilés aux divers «actifs toxiques» liés aux prêts immobiliers pourris à l’origine de la crise financière. En 2009, leurs volumes n’atteignaient plus que le dixième du niveau qu’ils affichaient jusqu’à la mi-2007.


Demande supérieure à l’offre

Depuis, ils ont peu à peu regagné en attrait. Dans le cas de l’émission des titres «ABS Auto-Lease» d’AMAG, les deux plus grandes tranches émises ont les notes les plus élevées attribuées par les agences de notation Fitch et Moody’s. Au bénéfice de la note «AAA» de Fitch, les deux tranches (A) d’un montant de 200 millions et de 300 millions de francs sont assorties de coupons de 0,15 et 0,3%, avec des échéances respectives de 2 ans et de 4 ans. S’y ajoute une troisième tranche (B) de 15 millions d’une durée de 2 ans assortie d’un coupon de 1,125%, avec une note «AA +» de Fitch. «L’importance de cet écart de prix s’explique par le fait que les montants empruntés dans le cas de la tranche B ne bénéficient pas d’une note «investment grade», ce qui signifie, par exemple, que des caisses de pension ne peuvent pas les acheter», précise le service de presse d’AMAG. L’occasion de souligner que la «transaction a eu beaucoup de succès auprès des investisseurs et qu’elle a même été revue à hausse pour faire face à l’importante demande des investisseurs.»