La conquête du marché du travail s'avère toujours aussi problématique pour les jeunes entre 15 et 24 ans, comme l'attestent les données sur le chômage publiées lundi par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Ils étaient 29 171 en octobre à faire valoir leurs droits auprès des offices régionaux de placement (ORP). A titre comparatif, la moyenne annuelle pour cette tranche d'âge s'élevait, il y a deux ans, à 16 426 personnes. Et par rapport à la moyenne nationale, le constat n'est guère plus flatteur. Alors qu'en octobre, le taux de chômage se situe à 3,7% en Suisse, il est de 3,9% pour les 15-19 ans à la recherche de places d'apprentissage et de 6,1% pour les 20-24 ans en quête d'un premier emploi à la fin de leur formation ou de leurs études. Des éclaircies dans ce sombre bilan chiffré: la baisse de 6,6% chez les 15-19 ans entre septembre et octobre et le troisième rang de la Suisse au niveau européen parmi les taux les plus bas.

La situation n'en reste pas moins préoccupante. D'autant que les données du Seco ne retranscrivent pas fidèlement le nombre de jeunes sans emploi. Elles ne tiennent pas compte de ceux habitant chez leurs parents qui ne recourent pas à l'aide de l'Etat. Des jeunes qui entament par défaut une dixième année scolaire ou encore d'autres partis à l'étranger pour un séjour linguistique suite à leur insuccès. A propos des places d'apprentissage, qui concernent les 15-19 ans, l'Office fédérale de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT) estime dans une étude publiée à la fin octobre que 21 000 jeunes sont restés sur le carreau en 2003 – 500 de plus que l'année précédente.

Mettant en perspective les chiffres publiés lundi, Bernhard Weber, économiste au secteur analyse du marché du travail et politique sociale du Seco à Berne, n'est pas alarmiste. «Nous avons connu des situations similaires par le passé. Le chômage était cependant plus élevé, affirme-t-il. Cela signifie que le poids relatif du chômage des jeunes a augmenté.» A titre d'exemple, la Suisse comptait 36 000 chômeurs chez les 15-24 ans en octobre 1993. Comme à l'heure actuelle, ils étaient 30 000 en 1997. Le nombre total d'inscrits auprès des ORP se situait cependant à 170 000 personnes contre 147 911 aujourd'hui.

L'inquiétude vient de l'incapacité à expliquer totalement le problème. «La plus grande partie du phénomène est connue. En période de basse conjoncture, le chômage des jeunes tend à augmenter plus fortement que le chômage total, avance Bernhard Weber. Par rapport à la hausse du poids relatif, nous en sommes aux hypothèses. Le facteur démographique peut jouer un rôle (ndlr: les cohortes de jeunes qui entrent sur le marché du travail s'accroissent) tout comme, dans le système dual de la formation professionnelle, les problèmes de transition de l'école obligatoire à l'apprentissage.»

Face aux conclusions temporaires des économistes, les praticiens cherchent sur le terrain des solutions concrètes. Deux types de mesures éprouvées dans les années 90 se dessinent: inciter les entreprises à engager et offrir un pont entre l'école et la vie active. Le fonds de formation professionnel lancé par la branche de l'aménagement d'intérieur et de la sellerie tout comme la 10e année scolaire repensée par l'Union syndicale suisse (USS) attestent d'une prise de conscience. «Il y a urgence partout sur le front de l'emploi. Pour les plus de 55 ans comme pour ces jeunes. La situation de ces derniers est toutefois prioritaire, car ils représentent l'avenir», témoigne Neil Ankers, directeur général de l'Office cantonal de l'emploi (OCE) à Genève. Il faut désormais que les places de travail suivent.