D’Ecublens, Socorex fournit ses pipettesde luxe aux laboratoires du monde entier

Industrie La PME vaudoise a suse réinventer aprèsla disparition des seringues en verre pour la médecine humaine

Elle vient de conclure un nouveau partenariat pourse développer en Inde

«Cette micropipette électronique de la gamme Acura permet de doser un liquide au dixième de millionième de litre. Sa programmation est intuitive et sa traçabilité est assurée pendant treize ans. Mais sa durée de vie est bien plus longue parce qu’au besoin, on peut la calibrer à neuf. Elle possède un brevet sur l’éjecteur, pour qu’il soit variable et s’adapte à la grande majorité des embouts du marché…»

Devant «ses» pipettes qu’il manipule dans tous les sens pour en dévoiler toutes les subtilités, Sylvain Christen est décidément intarissable. Depuis presque vingt ans, il dirige l’entreprise Socorex Isba (appelée désormais Socorex) à Ecublens (VD), propriété de la famille Drevici. Une certitude immédiate: les années n’ont pas entamé sa passion pour ces instruments de mesure dédiés aux laboratoires, qui peuvent coûter, pour les plus perfectionnés, plus de 500 francs la pièce. Du haut de gamme qui s’exporte, donc, puisque 90% de la production réalisée dans cette usine vaudoise part à l’étranger.

«Ma plus grande fierté, c’est de poursuivre l’histoire de cette société. Malgré les rebondissements, Socorex a toujours réussi à se réinventer», assure le dirigeant. A la fin des années 1940, l’entreprise s’est taillé une renommée dans les seringues verre-métal médicales destinées à l’être humain. Née chez deux horlogers jurassiens, la PME devient vaudoise en 1963. Le marché s’est alors complètement effondré lorsque le plastique a remplacé le verre dans les seringues médicales. «La reconversion fut progressive, puis définitive en 2003. Nous sommes sortis complètement du médical pour entrer dans les laboratoires», poursuit-il.

Après une année record en 2008, la PME vaudoise, qui ne dévoile pas son chiffre d’affaires, a souffert d’une forte pression sur les marges en raison de la cherté du franc. Aujourd’hui, forte d’une petite cinquantaine de collaborateurs, elle affiche à nouveau une croissance de 5%, et 2014 ne devrait pas échapper à la règle.

Les micropipettes et les doseurs représentent 70% de son chiffre d’affaires. Pour le solde, Socorex est leader mondial de la seringue vétérinaire pour l’injection de vaccins, le verre étant encore utilisé pour des questions de coûts, explique le dirigeant. Elle produit plus de 50 000 unités par an, essentiellement destinées aux élevages de volailles à travers le monde.

Dans son écrin d’Ecublens, repensé et agrandi entièrement en 2011 pour quelque 4 millions de francs, le savoir-faire est intact. Socorex dispose encore de son propre atelier de galvanoplastie pour le traitement à une qualité médicale des pièces métalliques. Quelques mètres plus loin, des collaboratrices usinent le verre pour les seringues. Des cylindres de haute précision aux tolérances de trois microns naissent ici. Cet art contraste avec la modernité globale du flux de production. Cette image anachronique permet de comprendre comment Socorex reste à la pointe.

«Nous avons des concurrents, notamment un allemand et un français, mais nous sommes depuis toujours l’unique fabricant de micropipettes suisse», souligne Sylvain Christen. Précisons toutefois que si Socorex dessine les moules, l’injection plastique, elle, est sous-traitée. Côté marges, elles s’avèrent un peu plus élevées dans l’univers des laboratoires que pour les seringues de vaccination.

Quant à la clientèle de Socorex, elle est très bien diversifiée géographiquement, puisque l’Europe (35% des ventes) reste son marché principal devant l’Asie (30%), où elle s’est implantée très vite, et l’Amérique du Nord (25%). Elle vient par ailleurs de signer un nouveau partenariat de distribution avec la filiale indienne d’un groupe suisse actif dans la chimie analytique. «Il entrera en vigueur cet automne et après la Chine, il devrait nous permettre d’accélérer notre développement en Inde», se félicite le dirigeant, de retour de voyage.

Et l’avenir? Alors que le directeur général précédent avait consacré 32 ans de sa carrière à Socorex, Sylvain Christen sait qu’un jour ou l’autre – il a 61 ans aujourd’hui – il devra également transmettre les rênes de la société. Ce droguiste herboriste formé au management dans les grands groupes pharmaceutiques suisses ne semble pas pressé. Pour lui, seule une exigence de qualité extrême et le «Swiss made» permettront à Socorex de continuer à produire en Suisse.

«Nos micropipettes supportent des températures de 121 degrés sous pression durant 120 minutes, ce qui rend pratiquement tous les instruments «autoclavables», donc la stérilisation est facilitée. Ici, nous venons de sortir une nouvelle gamme de produit dans les dispensers, soit un instrument doseur permettant la distribution précise de liquides directement à partir de bouteilles résistant aux produits chimiques…» Le monologue du maître des lieux est stoppé, à contrecœur, par les contraintes horaires de ses hôtes.

Les 50 000 seringues vétérinaires produites chaque année sont destinées aux élevages de volailles