Finance

Déçus par la politique, les banquiers de Wall Street vendent leurs actions 

Au séminaire des banquiers centraux, Mario Draghi et Janet Yellen ont parlé politique et critiqué le désir de déréglementation. Pendant ce temps, les banquiers, ne voyant ni déréglementation, ni normalisation des politiques monétaires, vendent massivement leurs propres actions

Le rendez-vous monétaire de Jackson Hole s’est transformé en une «coordination du silence», selon un expert. Ni Janet Yellen, la présidente de la Fed, ni Mario Draghi, le président de la BCE, n’ont livré la moindre indication sur la fin des taux 0 ou la réduction de leur bilan. Tous deux ont préféré tenir un discours politique.

La présidente de la Fed, dont le renouvellement du mandat est de plus en plus incertain, s'est opposée à tout allègement des mesures réglementaires adoptées après la crise financière. Et Mario Draghi a défendu les mérites du libre-échange.

La cible de ces propos s’appelle Donald Trump. Le président américain veut alléger le fardeau réglementaire qui pèse sur les banques, réduire la fiscalité des entreprises et promeut l’idée d’«America First», laquelle conduit à des mesures protectionnistes.

Les patrons de banques vendent

Non seulement les banquiers centraux, mais aussi les managers de Wall Street tournent le dos à la politique de Donald Trump. Dimanche, le Financial Times, en s’appuyant sur les données de l’agence Bloomberg, annonce que les «insiders» (soit les administrateurs et directeurs généraux) de six grandes banques américaines vendent massivement les actions de leur institut. Il s'agit des dirigeants de JPMorgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley.

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Plus de 9 millions d’actions ont ainsi été mises sur le marché par les organes dirigeants des principaux instituts financiers depuis le début de l’année. Le mouvement de vente est significatif puisque le rapport entre les titres qu’ils achètent et ceux qu’ils vendent est de 1 pour 14. Les analystes financiers recommandent l’achat des banques, mais les dirigeants de ces derniers vendent. 

Perte de confiance

Le Financial Times explique le comportement des banquiers par leur désenchantement vis-à-vis de la politique de Donald Trump. Le programme du nouveau président prévoyait une hausse des taux d’intérêt, une baisse des impôts et une réglementation allégée. A l’évidence, les banquiers n’y croient plus.

L’observation des achats et ventes des insiders est suivie avec attention. Les dirigeants utilisent ainsi leur propre argent pour exprimer leur opinion par leurs achats ou leurs ventes.

L’année dernière, ils avaient davantage acheté d’actions qu’ils n’en avaient vendues. Les actions bancaires avaient d’ailleurs bondi après la présidentielle de 2016. Cette année, l'indice bancaire est en hausse d'environ 3%. «L’évolution des bancaires est devenue un baromètre de la réussite ou de l’échec des politiques de l’administration Trump», a déclaré au FT Robert Smalley, analyste auprès d’UBS.

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