La bataille entre la BNP, la Société Générale et Paribas, grande saga bancaire française de l'année, est entrée dans sa phase la plus sanglante, celle où tous les coups sont permis et attendus. Le gouverneur de la Banque de France, téléguidé par son ministre de tutelle Dominique Strauss-Kahn, a perdu. Il a perdu dans sa tentative de réconcilier les forces en présence, mais pire encore, il a perdu la face.

En effet, la stratégie des autorités françaises, incarnées en l'occurrence en la personne de Jean-Claude Trichet, est apparue pour le moins incompréhensible. En février, ce que tous les acteurs du système bancaire hexagonal appelaient de leurs vœux se produisait enfin: avec l'OPE amicale de la SocGen sur Paribas, un mouvement de concentration majeur s'amorçait. La contre-attaque de la BNP, pour ambitieuse voire désespérée qu'elle fût, participait de la même démarche, mais avec une logique opposée; une fois encore, le scénario était idéal, qui proposait désormais deux approches. La première, celle de la complémentarité au sein d'une banque bien profilée dans des métiers porteurs. La seconde, celle d'une grande restructuration du retail banking pour donner naissance à un mammouth de la banque universelle.

Comme tant le Ministère de l'économie et des finances que le gouverneur de la Banque de France ou l'autorité boursière de Paris avaient donné leur blanc-seing à l'offensive hostile de la BNP, le marché pouvait faire son choix. Pas vraiment en toute sérénité, car il est évident que de tels projets comportent une forte part d'irrationnel et d'émotions, mais au moins sans intervention extérieure de l'Etat.

Le revirement de Jean-Claude Trichet, qui a tenté de mettre d'accord deux projets diamétralement opposés par une solution inacceptable pour toutes les parties, a provoqué la chute momentanée des titres en Bourse, l'évaporation de millions d'euros et l'ire des investisseurs. Après ce lamentable échec, on ne revient pas au statu quo ante.

Car les positions sont maintenant si tranchées que le projet SBP ne paraît plus avoir de chance de réussite à long terme. Il se peut encore que la prime offerte par Michel Pébereau séduise un grand nombre d'actionnaires. Mais le climat d'hostilité est si fort qu'on ne donne pas cher de la viabilité d'une telle banque. Il est difficile d'imaginer au surplus que la BNP réussisse à l'emporter dans ses deux OPE; à tout le moins, la Société Générale devrait résister. Assistera-t-on au dépeçage de Paribas, dont l'existence même est aujourd'hui menacée?

Les semaines à venir réservent sans doute leur lot de coups de théâtre. Mais la pièce se jouera probablement sans acteurs étrangers. Ils ont retenu la leçon: France égale danger.