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Défendez les élites contre les «gilets jaunes»!

OPINION. Lorsque l’on voit où peut mener le populisme, mieux vaut encore l’élitisme et ses imperfections, estime Didier Maurin, président et administrateur de Katleya Gestion à Genève

La sacralisation du peuple, telle que nous l’entendons en permanence aujourd’hui, reste une maladie de la démocratie, et ni Tocqueville, ni Rousseau, ni même Robespierre n’ont jamais défendu cette idée. Le discours «anti-élites» fait partie de la décadence actuelle de nos sociétés, et penser qu’un ministère ou un grand groupe industriel sera mieux géré par le «quidam du coin» plutôt que par un individu instruit relève de l’hérésie.

Dans un Etat moderne, on intègre l’élite par son travail et son mérite. En finançant la formation et la recherche, la société crée les conditions pour que ceux qui sont motivés et qui ont des dispositions favorables puissent en faire partie et devenir un dirigeant. Nous ne sommes pas dans un système fermé, de type aristocratique, où les élites se reproduiraient entre elles et se maintiendraient à leur poste contre vents et marées! Dans une démocratie, les citoyens ont le droit de changer leurs dirigeants lorsqu’ils ont failli, et dans une économie libérale, le marché sanctionne ceux qui ont échoué.

Ces élites sont nécessaires, elles sont des phares pour le peuple. Elles ouvrent de nouvelles voies et défrichent de nouveaux territoires: sans elles, pas d’innovation, pas de création de valeurs, et donc pas de redistribution des richesses qui profite d’abord aux plus modestes! Certes, ces «élites» commettent des erreurs. Nietzsche ne rappelait-il pas que «l’erreur est intrinsèque à la vie»? Il faut être mort pour ne plus commettre de fautes, aussi, tant que nous serons en vie, nous demeurerons faillibles.

Le peuple ou plutôt des extrémistes névrosés?

Enfin, il convient de cesser toute forme de génuflexion devant des mouvements comme les «gilets jaunes» français qui s’autoproclament le peuple alors même que certains ne sont jamais que des extrémistes névrosés, voire psychotiques, qui cassent tout sur leur passage, à Paris ou ailleurs.

Sans les élites, pas d’innovation, pas de création de valeurs, et donc pas de redistribution des richesses qui profite d’abord aux plus modestes

Didier Maurin

D’ailleurs, certains grands philosophes soulignent qu’un être qui a le sentiment d’échouer dans sa vie personnelle aura toujours tendance à le faire payer aux autres.

«Les élites n’écoutent pas», disent-ils. Mais en fait, elles ne font que ça! Prenez Emmanuel Macron et son gouvernement, certes, parfois maladroits. Dans les faits, ils cherchent des solutions, ils ont mis en place le «grand débat national» et sont même prêts à discuter du principe du RIC (Référendum d’initiative citoyenne), un instrument de la démocratie directe chère aux Suisses.

Et, pour la première fois dans l’histoire des luttes de classes en France, jamais autant de dirigeants politiques ou de responsables de l’appareil d’Etat n’ont à ce point tenté de comprendre et de réparer plutôt que de réprimer, ce qu’ils pourraient être amenés à faire si la situation dégénérait. En effet, après ces luttes, le peuple aspire à un retour à l’ordre, à l’image de l’après-Mai 68. Or, cette situation reste très largement favorable à la droite populiste ou à l’extrême droite comme en Hongrie, en Autriche, au Brésil ou ailleurs où le laxisme et l’immigration drainent au pouvoir ceux qui se réclament, à tort ou à raison, d’un ordre nouveau.

Les «sans-voix» et les réseaux sociaux

Notons aussi l’absurdité d’un certain nombre de «gilets jaunes» autoproclamés porte-parole des «sans-voix». Il s’avère qu’en réalité les «sans-voix» ne le sont plus vraiment. En effet, les réseaux sociaux offrent une tribune à tout un chacun, un psychopathe se voyant octroyer un droit à la parole égal à celui d’un philosophe, aliénant ainsi au passage la démocratie.

D’ailleurs, ces «gilets jaunes» reprochent aussi à la démocratie d’être malade. Ils devraient pourtant savoir que c’est là son état naturel, comme l’avait justement noté Churchill dans sa comparaison avec les autres systèmes politiques! Seul le totalitarisme affirme constamment qu’il va très bien et qu’il a trouvé la solution à tous nos problèmes!

La sacralisation du peuple n’est donc pas la solution car trop, en son sein, ne consentent pas à limiter leurs pouvoirs, notamment en matière de destruction, ou bien se refusent à respecter des lois fondamentales comme les biens d’autrui ou le respect de la vie privée.

Certes, dans ce mouvement, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes très sincères, amicales, confrontées à bien des difficultés au quotidien, mais il est édifiant de constater que celles qui auraient pu devenir des leaders pour aller notamment échanger avec les politiciens, se sont vues affublées du titre de traîtres par d’autres «gilets jaunes» qui n’hésitaient pas à proférer à leur encontre des menaces de mort!

Alors, oui, les élites ne sont pas parfaites, tant s’en faut, cependant, lorsque l’on voit où peut mener le populisme, mieux vaut encore l’élitisme et ses imperfections.


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