Hans-Jacob Heitz, le défenseur des petits actionnaires du groupe Swissair, ne manque pas d'idées. L'avocat d'affaires de Winterthour a en effet reconnu mercredi lors d'une conférence de presse à l'aéroport de Zurich que les actionnaires avaient perdu leur investissement dans le groupe Swissair. Son but de défendre leurs intérêts est-il devenu illusoire? Il s'en trouve un autre. Son association, qui recense 1400 membres, défendra désormais les intérêts de tous les investisseurs (Association de défense des investisseurs suisses, ce qui ne change rien à son acronyme allemand SVSA) et s'attachera également à d'autres dossiers que le groupe Swissair. Un changement de cap qui pourrait toutefois poser problème, car les associations de défense des investisseurs pullulent déjà, avec notamment APOS (Association de protection des obligataires de SAirGroup) à Bâle et SIS (Communauté de protection des investisseurs suisses), née suite à la faillite du papetier soleurois Biber. Hans-Jacob Heitz est prêt à défendre son terrain: «Ce sont des concurrents mais c'est la loi du marché. Il n'y a pas de monopole», affirme-t-il.

Les actionnaires lésés

Selon les estimations de Karl Wüthrich, l'administrateur de la faillite, les détenteurs d'obligations peuvent s'attendre à un dividende entre 6 et 14,5% en fonction des filiales en sursis. Mais ces calculs, approximatifs, sont à prendre avec des pincettes car ils ne peuvent pour l'heure prendre en compte la probabilité que les filiales en sursis seront vendues et à quel prix. Karl Wüthrich n'aurait en effet reçu encore aucune demande d'offre concrète, selon son associé Filippo Beck. Une chose semble évidente: les actionnaires, derniers servis, ne recevront pas une miette.

Pour rappel, les créanciers se divisent en trois catégories: tout d'abord, les créanciers préférentiels comme les employés et les banques qui possèdent des garanties sur des actifs sains. Ceux-ci sont couverts à 100%, affirme Filippo Beck. La deuxième catégorie couvre les cas où le failli, par exemple un entrepreneur, est une personne physique qui a causé un préjudice financier à ses enfants. Cette catégorie n'entre pas en compte dans le cas du groupe Swissair. Enfin, les détenteurs de titres obligataires n'entrent qu'en troisième position. Et comme les actionnaires ne font pas partie des créanciers, ils sont servis en dernier lieu.

Si l'avocat de Winterthour voit son rôle ainsi diminué, il n'en continuera pas moins de se battre sur d'autres dossiers. D'après lui, la loi suisse ne protège pas suffisamment le droit des actionnaires minoritaires. Et de citer comme exemple les cas de Zurich Financial Services, ABB, le Credit Suisse ou UBS. Le trublion sera également présent lors de l'assemblée générale extraordinaire de Crossair à Bâle aujourd'hui. L'avocat estime que Moritz Suter devrait se retirer du conseil d'administration de la nouvelle société afin d'éviter les clashs de culture. Enfin, concernant l'accident récent du Jumbolino de Crossair à Zurich Kloten, il envisage de porter plainte contre l'aéroport. Selon lui, la responsabilité de la sécurité des passagers n'incombe pas qu'aux pilotes. Pour rappel, une plainte a été déposée par la SVSA contre les administrateurs, le directoire et les réviseurs du groupe Swissair auprès de la justice zurichoise. A Genève enfin, l'avocat Christian Lüscher compte toujours défendre les intérêts des actionnaires du groupe Swissair et ouvrira le pendant romand de l'association le 18 décembre.