Une brise d'enthousiasme a soufflé lundi sur les Bourses d'Europe et des Etats-Unis, galvanisées par un nouveau déferlement d'annonces de fusions-acquisitions (M & A). Des opérations de taille moyenne certes, à l'image du rachat par les laboratoires Abbot de Kos Pharmaceuticals pour 3,7 milliards de dollars. Elles n'en viennent pas moins étoffer un millésime 2006 qui s'annonce d'ores et déjà comme record.

Car si les grandes manœuvres, auxquelles n'échappent aucun secteur ni zone géographique, ont semblé ralentir entre juillet et septembre par rapport aux deux précédents trimestres, ce n'était que pour accélérer de plus belle en octobre. Avec un volume global de 383 milliards de dollars d'opérations, le mois dernier s'est révélé le plus actif de l'année, et le troisième plus prolifiques de tous les temps. Au total, depuis janvier pas moins de 30124 transactions ont été annoncées à travers le monde, selon Thomson Financial, pour un montant total de 2974 milliards de dollars. Si l'élan se maintient d'ici à la fin de l'année, le sommet historique de 2000 (3400 milliards) sera battu haut la main.

Auparavant spécialisés dans la transmission de sociétés privées, les fonds de capital-investissement (private equity) sont devenus des acteurs incontournables du M & A. Les opérations de «buyout» (se traduisant par un retrait de la cote) menées par des fonds ont représenté 18% du volume global des fusions entre janvier et septembre, soit 462 milliards de dollars au total - dont 32 milliards de dollars pour la plus grosse opération de tous les temps, le rachat en juillet des hôpitaux américains HCA. C'est deux fois plus que le précédent sommet établi à la même époque en 2005. La journée de lundi a magistralement illustré cette montée en puissance. On retiendra ainsi du flot de transactions annoncées la reprise pour 4 milliards d'euros des chariots élévateurs de Linde par KKR et Goldman Sachs, et les 3,7 milliards de dollars proposés par Bill Gates et le prince Alwaleed pour s'emparer des hôtels Four Seasons.

La frénésie des fusions-acquisitions a beau rappeler la fièvre de l'an 2000, le cycle actuel va persister selon les analystes de Morgan Stanley. Dans une note de recherche du 30 octobre, ils soulignent que le volume des opérations annoncées en Europe ne représente que 9,6% de la capitalisation boursière totale, loin du pic à 12-15% des folles années 1999 et 2000. En outre, ajoute la banque, les acquisitions perdureront parce que les sociétés le souhaitent et que, gorgées de liquidités, elles en ont les moyens. A 4% aujourd'hui, le ratio liquidités disponibles sur capitalisation boursière devrait s'envoler à 6% en 2007, du jamais-vu selon Morgan Stanley. Et, si besoin est, les sociétés ont toute latitude pour recourir à l'endettement. En Europe, leur ratio dette sur fonds propres, à peine plus de 50%, apparaît très raisonnable au regard des 80% qui prévalaient en 2002. En outre, «la disponibilité du crédit reste très grande, non seulement via les banques mais aussi par l'intermédiaire des marchés de crédit et les produits innovants», ajoute Citigroup.