Technologie

Le défi de milliards d’objets connectés

Des ceps de vigne aux moteurs d’avion, tout devient relié à Internet. Une conférence qui se tient cette semaine à Genève permet de saisir l’ampleur de ce phénomène, qui devrait profiter tant à l’industrie d’exportation suisse qu’aux citoyens helvétiques

Un vignoble, un moteur d’avion, une machine d’emballage… Le point commun entre ces trois éléments? Tous peuvent aujourd’hui être reliés à Internet. Mercredi, à Genève, la deuxième journée de l’IoT Week, plus grande conférence mondiale sur l’Internet des objets, a été l’occasion de mesurer l’ampleur de ce phénomène en pleine expansion. Tout, absolument tout, est en train d’être relié à Internet. Selon le cabinet de recherche américain Gartner, il y aura, fin 2017, 8,4 milliards d’objets connectés, un chiffre en hausse de 31% en un an. Ils seront 20,4 milliards en 2020 selon Gartner, voire 80 milliards cette année-là selon le cabinet français Idate.

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Si les estimations varient, les applications sont bien réelles. A l’entrée du centre de conférence, sur un stand, Siemens montre sa technologie MindSphere, conçue pour l’Internet des objets. «Nous avons installé des capteurs sur tous les carrousels de bagages de l’aéroport d’Heathrow, à Londres. Cela permet de prédire quand un élément risque de devenir défectueux et de dépêcher sur place une équipe de réparateurs avant que le carrousel ne soit interrompu. Cela permet d’éviter un engrenage infernal», explique Roger Hepp, responsable des systèmes de trafic intelligents chez le groupe allemand.

Rolls-Royce, exemple extrême

Le marché helvétique est ciblé par Siemens. «L’ensemble de votre industrie des machines peut beaucoup bénéficier de l’Internet des objets, renchérit Ralf-Michael Wagner, directeur opérationnel de la division données. Imaginez que l’une de vos machines, vendue au Mexique, soit défectueuse. Pour éviter d’y envoyer un technicien, il faut équiper cette machine de capteurs pour suivre à distance et en direct ce qui se passe.» Siemens vend ainsi des solutions «clés en main» comprenant capteurs et applications pour gérer son parc de machines. «L’Internet des objets change aussi des industries entières, poursuit Ralf-Michael Wagner. Auparavant, Rolls-Royce se contentait de vendre des moteurs d’avion. Mais en les équipant de capteurs, la société a changé son modèle d’affaires en vendant des heures de vol à ses compagnies clientes, en assurant elle-même le suivi total de ses machines.»

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Un peu plus loin, sur un stand, l’équipementier télécoms suédois Ericsson présente le futur réseau 5G pour la téléphonie mobile. «Ce réseau sera un formidable accélérateur pour l’Internet des objets, en permettant de faire transiter des masses énormes d’informations, explique Marianne Tamborini, responsable de la stratégie chez Ericsson Suisse. Mais les réseaux actuels offrent de belles possibilités: au sud de l’Allemagne, nous aidons un vigneron à suivre en permanence l’état de son vignoble, via des capteurs de température et d’humidité.»

Augmenter la sécurité

Pour Robert Kahn, l’un des créateurs d’Internet, le potentiel est immense. A condition de bien l’exploiter. «Les objets doivent communiquer avec les humains, mais aussi entre eux: pensez aux bénéfices en termes de sécurité si toutes les voitures se parlaient entre elles. Mais il faut absolument, en parallèle, que nous puissions identifier avec précision tous ces objets. Vu les cyberattaques récentes, il est nécessaire d’augmenter la sécurité de ces appareils pour que les utilisateurs aient toujours confiance en eux.»

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Car le but ultime, c’est que les objets connectés profitent à tous. «Nous nous approchons rapidement du rêve des smart cities, ces villes connectées où la vie des citoyens est plus facile, estime Chaesub Lee, responsable de la standardisation à l’Union internationale des télécommunications, basée à Genève. Mais actuellement, une masse gigantesque de données est produite, sans langage commun. Il faut faire davantage d’efforts pour mieux les exploiter.» Un exemple d’embryon de smart city? La ville de Lenzbourg, dans le canton d’Argovie, a connecté toutes ses places de stationnement publiques à Internet, avec l’aide de Swisscom, pour permettre aux conducteurs de trouver automatiquement la place libre la plus proche.

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