Les Américains consomment plus que jamais. La publication vendredi de la balance commerciale des Etats-Unis pour le mois de janvier a permis de s'en persuader. Elle a enregistré un déficit de 58,3 milliards de dollars, alors que les analystes tablaient sur 56,8 milliards. Le stratège d'une salle de marché genevoise l'explique par une facture énergétique qui pèse et des importations chinoises qui ne cessent de progresser. «Ces dernières ont explosé de plus de 70% en 2004», relève-t-il.

Les investisseurs ont pris acte et vendu le billet vert. L'euro s'est raffermi à 1,346 dollar après l'annonce, contre 1,34 en matinée. Et ce, bien que la révision du chiffre pour décembre ait été positive. Le déficit se monte finalement à 55,7 milliards, contre 56,4 précédemment annoncé. L'or a, lui, dépassé de 445 dollars l'once, son plus haut niveau depuis fin décembre.

La faiblesse du billet vert aide au redressement du déficit commercial des Etats-Unis. Elle améliore la compétitivité des produits américains. Le dollar se trouve à son plus bas niveau depuis dix ans face aux principales devises. Les exportations ont d'ailleurs atteint un niveau record en janvier. Elles ont avancé de 0,4% à 100,8 milliards, pendant que les importations grimpaient de 1,9% à 159,1 milliards.

Le déficit commercial avec Pékin a atteint un sommet à 15,3 milliards. Les habits «made in China» y auraient largement contribué. L'abolition des quotas sur le textile fait le jeu de la Chine, très compétitive. Cette mesure, prise dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), est entrée en vigueur au début de l'année.

Croissance menacée

En léger recul par rapport à décembre, les coûts de l'énergie ont continué à peser. Mais la situation pourrait se retourner. «Une bonne partie de la détérioration de la balance constatée en 2004 est liée au renchérissement du pétrole», explique un conseiller en investissement. Le prix du brut pourrait toutefois redescendre aux alentours de 40 dollars. Dans ce cas, le déséquilibre des échanges retrouverait un niveau acceptable. Cela n'empêche pas le financier de mettre en garde: «La hausse du cours du baril pose un point d'interrogation sur la croissance.» Les effets commenceront vraiment à se faire sentir au second semestre. «Il y a un effet retard d'environ douze mois», précise-t-il.

L'or noir n'est pas le seul motif d'inquiétude. Le relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine (Fed) va faire sentir ses effets. Selon Edgar Van Tuyll, stratège chez Pictet à Genève, la croissance va ralentir davantage que prévu: «Il y a beaucoup de levier, les ménages sont très endettés et très sensibles aux taux.» Aujourd'hui, le produit intérieur brut américain (PIB) pour 2005 est attendu à 3,8%, contre 4,4% en 2004.

Edgar Van Tuyll est paradoxalement haussier sur le dollar. «Un ralentissement global va détourner les investisseurs des marchés émergents, affirme-t-il. Ils vont favoriser les investissements défensifs, tels les bons du Trésor américains.» Les marchés émergents ont grimpé de 14% depuis début 2004. Le différentiel de rendement avec les emprunts souverains (spreads) se trouve à un plus bas historique.

De la sorte, les investisseurs se recroquevilleraient dans leur coquille. Ils dénoueraient les positions obligataires sur le Brésil ou le Mexique. «Les spreads vont s'écarter, affirme-t-il. Un phénomène qui s'accompagne historiquement d'une hausse du billet vert.»