Devises

Le déficit courant du Royaume-Uni plombe la livre sterling

Le Brexit a masqué la vulnérabilité de l’économie britannique. L’actuelle perte d’élan politique de Theresa May et l’absence de projet sur la sortie du pays de l’Union européenne font plonger encore davantage la monnaie du Royaume-Uni

Les pressions s’accentuent sur la livre sterling. Ce vendredi, à moins de deux semaines des élections générales au Royaume-Uni, la devise britannique a atteint son plus bas face au dollar depuis début avril. Les raisons invoquées pour ce recul: la réduction de l’écart entre les camps conservateur et travailliste au parlement, l’attentat de Manchester, le prolongement de la réduction de la production de pétrole par les principaux pays exportateurs, etc. Autant d’épiphénomènes, si l’on s’en tient aux fondamentaux. Cette volatilité de la livre est en réalité liée au fait que la Grande-Bretagne souffre d’un mal beaucoup plus profond.

«Cet affaiblissement supplémentaire de la monnaie britannique n’est pas en lien avec l’actualité immédiate, estime Samy Chaar. Il découle d’une prise de profits généralisée. C’est-à-dire via la vente d’actifs traditionnellement risqués, comme les actions européennes, et l’achat d’actifs défensifs, comme le yen.» Pour le chef économiste chez Lombard Odier, l’effondrement de la monnaie britannique – le plus gros des pertes étant, selon lui, passé – est la conséquence plus directe du Brexit, lequel correspond à un basculement fondamental d’identité du Royaume-Uni en matière de croissance.

Transformation générationnelle

«Ce changement de paradigme, avec pour corollaire un profond réajustement de la livre, intervient alors que le Royaume-Uni est assez endetté et surtout déficitaire», assène Samy Chaar. Pour preuve, le recul supplémentaire de cette monnaie après l’annonce, mardi dernier, des chiffres de la croissance économique du pays. «Le vote en faveur d’une sortie de l’Union européenne s’est inscrit dans une reprise économique généralisée à l’échelle mondiale. Mais, alors que la progression est restée positive à peu près partout, la tendance a commencé à se dégrader au Royaume-Uni», indique-t-il.

Le Royaume-Uni, qui souffre d’un manque d’épargne, doit s’endetter à l’extérieur pour financer son mode de vie et son niveau d’endettement

Le Brexit aurait donc masqué la vulnérabilité de l’économie britannique. «Le pays accuse un déficit courant de sa balance des paiements, de l’ordre de 4,5% de son produit intérieur brut, soit à un niveau quasi record et parmi les plus importants de la planète. Le Royaume-Uni, qui souffre d’un manque d’épargne, doit s’endetter à l’extérieur pour financer son mode de vie et son niveau d’endettement», souligne le chef économiste de Lombard Odier.

Que faire pour résorber ce problème? Ramener le déficit britannique à zéro, d’après la banque privée genevoise, impliquerait que la livre reste, en moyenne ces cinq prochaines années, sous la barre de 1,25 dollar, contre aujourd’hui 1,28. Mais, pour réduire le trou courant à 2% du produit intérieur brut, le niveau actuel de la devise britannique serait suffisant. Pour autant qu’il s’y maintienne jusqu’en 2022.

Divisions internes

Le Royaume-Uni n’est donc pas financièrement indépendant, mais est pour l’heure assujetti au reste du monde. Pire, selon Samy Chaar: les Britanniques n’ont pas vraiment de projet post-Brexit. «Ce qu’ils veulent n’existe tout simplement pas», résume-t-il. A savoir une pleine participation à l’espace économique européen (libre circulation des biens), mais sans les contraintes (libre circulation des personnes). Et le chef économiste de conclure: «La pression sur la livre va se maintenir tant que le Royaume-Uni n’aura pas défini la manière dont il compte croître en dehors de l’Union européenne.»

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