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Le déficit français, dangereuse réponse aux «gilets jaunes»

Au vu des concessions sociales annoncées lundi soir par Emmanuel Macron, le déficit public et l’endettement français devraient de nouveau déraper. De quoi saper l’image du président français au sommet européen de Bruxelles cette fin de semaine

Lâcher du lest budgétaire a toujours des conséquences. Après ses annonces de lundi soir sur la hausse prévue de 100 euros du salaire minimum, sur la défiscalisation des heures supplémentaires et sur l’annulation de la hausse de la contribution sociale généralisée (un impôt prélevé sur tous les revenus) pour les retraités qui perçoivent moins de 2000 euros mensuels, le président français, Emmanuel Macron, et son ministre des Finances, Bruno Le Maire, vont devoir faire les comptes.

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Comptes politiques d’abord, vu le flou qui entoure cette augmentation salariale (en réalité, un cumul dès janvier 2019 de hausses envisagées pour s’étaler dans le temps) dont les «gilets jaunes» ont fait un leitmotiv. Comptes financiers ensuite, puisque le manque à gagner de l’ensemble de ces mesures, dans un contexte de croissance déjà en berne (1,7% pour 2018 semble désormais impossible), représente entre 10 et 12 milliards d’euros.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Initialement prévu à 2,8% en 2019, le déficit public français pourrait atteindre l’an prochain 3,6%, au vu du coût des mesures envisagées. Lesquelles viennent s’ajouter à l’annulation préalable de la hausse des taxes sur le carburant (coût: au moins 4 milliards d’euros), à la nécessité de financer les primes à la conversion automobile (500 millions au bas mot) et à d’autres ardoises héritées de 2017 et 2018, comme la décision de l’Etat de prendre à sa charge 35 milliards d’euros de dette de la SNCF, ou la recapitalisation du géant nucléaire Areva à hauteur de 4,5 milliards.

100 millions d’euros de réparations

Détail qui en dit long sur la détérioration annoncée des finances publiques tricolores: Selon la Sécurité routière, plus de 1500 radars ont été vandalisés depuis un mois sur un total de 3500 en service. Ce qui coûtera à l’Etat au moins 100 millions d’euros de réparations, et amputera d’au moins la moitié les recettes prévues des amendes, anticipées à 1,2 milliard dans l’actuel projet de loi de finances. Une liste assurée de noircir encore le tableau dressé par Bruno Le Maire, qui, ce week-end, a estimé que les manifestations de «gilets jaunes» en pleine période de Noël étaient une «catastrophe pour l’économie».

Politiquement, la donne dépasse les frontières de l’Hexagone. Le produit intérieur brut (PIB) français avait, à 2583 milliards d’euros, enfin renoué en 2017 avec son niveau de 2007, avant la crise financière mondiale. Or, si la confiance dérape (elle est retombée ce mois-ci à son niveau du début de 2015) et que les efforts d’attractivité déployés depuis la fin du quinquennat Hollande font long feu, la perspective pourrait devenir sérieusement négative, avec le risque de voir de nouveau les hauts revenus s’exiler, et les taux d’intérêt repartir à la hausse. D’où, sans doute, le refus présidentiel de rétablir lundi soir l’impôt sur la fortune.

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«Comment continuer à réformer le pays?»

Autre risque collatéral: le bouleversement de la donne au niveau européen, alors que l’Allemagne devait, lors du sommet de Bruxelles ces jeudi et vendredi, donner son aval aux réformes de la zone euro, dont la création d’un budget commun pour venir en aide aux pays membres en difficulté. Le projet de budget italien si controversé aboutit en effet à un déficit de 2,4%, soit 1% de moins que la France post- «gilets jaunes». Et même si la dette de l’Italie, à 130% du PIB, est bien supérieure aux 99% de la France, l’on voit mal, dans ces conditions, comment Paris pourra encore tenir tête à Rome.

«Solliciter l’indulgence de la Commission européenne pour 2019 n’est pas le souci principal, juge un ancien ministre de l’Economie, au lendemain de l’intervention d’Emmanuel Macron. La question centrale est celle de la cohérence: comment continuer à réformer le pays, et comment parvenir aux 60 millions d’euros de réduction des dépenses publiques sur le quinquennat comme le président s’y était engagé en 2017? En résumé: comment désormais croire à la parole économique de la France?»

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