Automobile

Déficitaire, Tesla assure entrevoir le bout du tunnel

Le constructeur américain de voitures électriques a affiché des pertes record au premier trimestre, plombé par des difficultés industrielles persistantes

Elon Musk n’en démord pas. Alors que les problèmes s’accumulent et que les doutes grandissent, le patron de Tesla a réaffirmé, mercredi 2 mai, que le fabricant américain de voitures électriques serait rentable au troisième et au quatrième trimestre. Et qu’il n’aurait pas besoin de lever de capitaux supplémentaires en 2018.

Pourtant, la situation financière de Tesla s’est encore détériorée au cours des trois premiers mois de l’année: pour le cinquième trimestre consécutif, ses pertes ont battu un nouveau record. Elles se sont élevées à 710 millions de dollars, contre 330 millions il y a un an. Depuis 2009, l’entreprise n’a dégagé un bénéfice trimestriel qu’à deux reprises. Sur cette période, elle a perdu près de 5,5 milliards de dollars.

Trésorerie inquiétante

En outre, ses flux de trésorerie ont affiché un déficit de 1 milliard de dollars sur le trimestre. Sa trésorerie continue donc de fondre. Elle est tombée à 2,7 milliards de dollars. «Un niveau inquiétant», s’alarme Efraim Levy, analyste CFRA Research. Il estime ainsi qu’une augmentation de capital ou une émission obligataire sera nécessaire au cours des douze prochains mois.

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Pour atteindre ses objectifs financiers, Elon Musk s’est engagé à réduire les dépenses en capital. Le dirigeant mise aussi sur une accélération rapide des cadences de production du Model 3, la nouvelle berline d’entrée de gamme placée au cœur de la stratégie du constructeur. Mais depuis la livraison des premiers exemplaires en juillet 2017, les difficultés industrielles perdurent. En avril, Tesla n’a pu produire que 2270 unités par semaine, soit moins que l’objectif de 2500. Initialement, la société espérait atteindre un rythme hebdomadaire de 5000 véhicules avant la fin de l’année 2017.

Le Model 3 est la première voiture grand public de Tesla. Il doit lui permettre de décupler ses ventes grâce à son prix de base de 35 000 dollars, soit deux fois moins que le Model S et le Model X. Et de justifier ses investissements massifs. Pour accompagner ce lancement, la société a en effet entrepris la construction d’une usine géante dans le Nevada pour produire les cellules des batteries lithium-ion qui équipent ses voitures. Un pari ambitieux, d’au moins 2 milliards de dollars, pour un groupe déjà lourdement endetté.

Difficultés avec la Chine

Pour ne rien arranger, Tesla fait face à d’autres soucis. Fin mars, le constructeur a rappelé 123 000 voitures pour un problème de corrosion excessive sur la direction assistée. Début avril, Pékin a menacé d’imposer un droit de douane de 25% sur les importations de véhicules électriques produits aux Etats-Unis. La Chine est un marché primordial pour Tesla: ses ventes y ont doublé l’an passé pour atteindre 2 milliards de dollars, soit près d’un quart de son chiffre d’affaires.

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Par ailleurs, Tesla a été rattrapé par un deuxième accident mortel pour sa fonction d’aide à la conduite. Depuis, une enquête a été ouverte par la sécurité routière américaine. Surtout, cet accident jette le doute sur «la décision stratégique d’utiliser des caméras et radars au lieu de lidars (détection par laser)», souligne Jeffrey Osborne, du courtier Cowen […] La vaste majorité des acteurs s’accordent à dire que le lidar est plus fiable pour détecter des objets», ajoute-t-il.

Face au scepticisme des investisseurs et des analystes, Elon Musk semble perdre patience. Mercredi, lors de la conférence téléphonique suivant la publication des résultats trimestriels, le patron de Tesla a refusé de répondre à deux questions d’analystes. La sanction a été immédiate à Wall Street: l’action du constructeur a aussitôt plongé de 5%.

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