La voiture partiellement auto pilotée existe, mais ce véhicule sera complètement autonome dans le courant de l’année 2018, a promis Elon Musk, patron du constructeur automobile Tesla, en décembre dernier.

Le lieu de cette annonce, de la part du groupe américain qui bouscule l’industrie automobile, est symbolique de la nouvelle concurrence entre les sociétés plutôt tournées vers la numérisation et les télécommunications et les constructeurs automobiles traditionnels. Ce programme accéléré a été dévoilé au salon de l’électronique de Las Vegas et non dans un salon automobile, comme celui de Detroit ou Genève.

Le salon de Genève qui fermera ses portes dimanche expose plusieurs modèles de voitures auto pilotées. Ces véhicules, de la marque Tesla à Volvo, en passant par les constructeurs allemands, peuvent accélérer, freiner et tenir leur place en toute sécurité dans une file de voitures.

Ils peuvent aussi se garer seuls et respecter les limitations de vitesse après lecture des panneaux de signalisation. La plus récente manœuvre sécurisée possible est le dépassement automatique déclenché par le conducteur.

Mais aucune voiture autonome n’est présentée aux visiteurs à Genève. Nissan fait cependant rêver avec une ébauche de prototype de véhicule électrique autonome et un film qui montre comment la voiture roule en ville après avoir fait disparaître dans l’habitacle le volant et les pédales de frein et d’accélérateur.

Volvo promet de louer 100 voitures autonomes dès l’année prochaine à des clients ordinaires qui pourront circuler sur un réseau routier adapté dans la région de Göteborg.

«La planification est respectée. Nous travaillons beaucoup en ce moment pour garantir qu’en cas de problème technique ou d’incompréhension d’une situation routière complexe, le véhicule puisse automatiquement s’arrêter et se garer à un endroit sûr», explique Erik Coelingh, responsable du développement de ce projet.

Tous les constructeurs rêvent d’être les premiers sur ce marché et se préparent à ce nouveau monde où se croiseront, à partir de 2020 selon les experts, voitures fantômes sans personne au volant et automobilistes ordinaires. Aujourd’hui, les voitures auto pilotées ont besoin de lignes de démarcation claires des pistes et de bonnes conditions météorologiques (pas de neige ou de faible visibilité) pour fonctionner.

Les premières voitures entièrement autonomes auront aussi besoin, dans un premier temps, de repères et d’un réseau routier bien balisé. Volvo, pour des raisons de sécurité, n’envisage pas de faire circuler ses 100 premiers véhicules sur des routes sans barrière entre les sens de circulation.

«Nous progresserons peu à peu, grâce aux informations enregistrées et aux données fournies par les utilisateurs de ces voitures, afin d’intégrer des situations de plus en plus complexes», souligne Erik Coelingh. La phase ultime intégrera la capacité de la voiture, grâce à des capteurs, des caméras et des milliers de situations en mémoire, de réagir correctement et rapidement à des situations exceptionnelles, par exemple à la perte d’une partie du chargement d’un camion, ou au jaillissement d’un animal, d’un piéton ou d’un cycliste la nuit sous la pluie.

Car Volvo entend prendre l’entier de la responsabilité en cas d’accident. Google, dont un véhicule d’essai est entré en collision en février dernier avec un bus en Californie, avec une part de responsabilité, n’a pas été jusque-là.

Mais l’aspect de mise au point technologique n’est pas ce qui préoccupe le plus les constructeurs. «Nous avons rapidement besoin de normes internationales compatibles», a souligné Carlos Ghosn, patron de Renault-Nissan, au salon de l’auto de Genève durant lequel s’est tenu un colloque d’experts à ce sujet.

Les pays avancent en ordre dispersé lorsqu’il s’agit d’homologuer des voitures autonomes autorisées à circuler sur des pistes d’essai ou, comme en Allemagne, sur un tronçon public de l’autoroute A9 en Bavière. «L’Union européenne aura tendance à laisser une certaine liberté à ses 28 Etats membres, et les Etats-Unis pourraient introduire des réglementations différentes dans leurs 50 Etats», s’inquiète Hakan Samuelsson, patron de Volvo.

Il propose que l’on s’inspire du modèle suédois, où constructeurs, opérateurs téléphoniques, équipementiers, et autorités travaillent main dans la main pour mettre en place une régulation adéquate basée sur les expériences concrètes de conduite autonome en cours.

«Nous avons besoin d’un cadre légal qui stimule l’innovation, pas d’un carcan législatif qui bloque la recherche et le développement», souligne Michael Bültmann, directeur général de HERE, entreprise qui commercialise des systèmes de navigation.

Le domaine de la protection des données personnelles accessibles et engrangées par le véhicule, via un smart phone par exemple, doit aussi être réglementé, tout comme celui de la protection efficace contre les risques de piratage (hacking).