L’égalité des sexes au travail n’est pas attendue avant 2095

Rapport La Suisse termine 11e au classement mondial 2014 sur la parité entre hommes et femmes

La Suisse a perdu un rang au palmarès international de l’égalité des sexes au travail. Classée onzième cette année, selon le 9e Rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes publié mercredi par le Forum économique mondial (WEF) à Genève, ses résultats généraux se sont pourtant sensiblement améliorés par rapport à 2013. La Suisse termine ainsi 23e sur les 142 nations étudiées en matière de participation économique et d’opportunité d’emploi pour les femmes. Mieux: elle se hisse au 16e échelon mondial en termes de prise de responsabilités politiques pour ces dernières et affiche le 4e meilleur résultat au monde en ce qui concerne le pourcentage de femmes actives à temps partiel par rapport à celles travaillant à temps plein (45,6%), derrière les Pays-Bas, la Géorgie et l’Albanie. La Suisse figure par ailleurs au premier rang mondial pour ce qui est du taux d’alphabétisation et de revenu estimé du travail pour les femmes. Au rythme où vont les choses, estiment les experts du WEF, il faudra attendre au minimum 2095 – soit 81 ans supplémentaires – pour espérer atteindre l’égalité des genres au sein des entreprises publiques et privées à travers le monde. «C’est une nécessité absolue en termes économiques, mais avant tout une question de justice», indique Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du WEF, dont l’analyse affirme que «les entreprises qui recrutent des femmes, les maintiennent dans leur emploi et leur offrent des postes de direction sont plus performantes que les autres».

Faible présence politique

Toutefois, cette dernière décennie n’a connu qu’une légère amélioration en l’espèce. Le rapprochement des chances entre les hommes et les femmes n’a augmenté que de 4% depuis 2006, pour atteindre aujourd’hui 60%.

Cela, avec des différences marquées selon les secteurs d’activité. Par exemple, dans le domaine de la santé, les écarts des genres ne sont plus que de 4% soit le taux le plus faible, tous secteurs confondus. A tel point que 35 pays ont, pour l’heure, complètement éliminé les disparités entre les sexes. Le constat est similaire dans le secteur de l’éducation. L’égalité y est atteinte à 94%, 25 Etats ayant totalement comblé la brèche. Cependant, les femmes du monde entier souffrent toujours d’un manque de représentativité dans la sphère politique. Cette représentativité, bien qu’en très nette amélioration depuis 2006, atteint à l’heure actuelle tout juste 21%.

Comme lors des éditions précédentes, les champions internationaux de l’égalité viennent du Nord. Les cinq premières places du classement sont trustées par l’Islande, la Finlande, la Norvège, la Suède et le Danemark (qui a gravi trois marches par rapport à 2013). Les surprises par rapport au palmarès de l’année dernière: le Nicaragua, qui a gagné quatre places pour accéder 6e rang, et le Rwanda, qui fait son entrée dans l’indice en se hissant en 7e position. Les Etats-Unis, eux, s’installent à la 20e marche, après avoir réduit les écarts de salaire et augmenté le nombre de femmes occupant des postes parlementaires et ministériels. Alors que la France bondit du 45e au 16e rang, principalement en raison de la réduction des écarts de salaire et du nombre de femmes participant à la vie politique. En effet, Bercy, Matignon, Beauveau et autres sièges de pouvoir comptent à présent 49% de femmes ministres, soit le ratio le plus élevé de la planète. «Le monde compte désormais 26% de femmes parlementaires et 50% de femmes ministres en plus qu’il y a neuf ans», conclut Saadia Zahidi, cheville ouvrière du rapport et directrice du programme de parité entre hommes et femmes du WEF.